Renaissance aquacole à Sidi Bel-Abbès. L'écloserie de Tabia, un pilier de la sécurité alimentaire

L'écloserie régionale de Tabia, une structure longtemps en sommeil, située au sud-ouest, à une vingtaine de kilomètres du chef-lieu de wilaya: Sidi Bel-Abbès, connaît une renaissance spectaculaire. Après une réhabilitation profonde, cette infrastructure stratégique a repris ses activités et s'affirme déjà comme un acteur clé de la pisciculture en eau douce pour toute la région. L'innovation technologique et une approche résolument tournée vers l'économie circulaire et la formation promettent de dynamiser l'ensemble du secteur aquacole et de contribuer à l'autonomie alimentaire du pays. La réactivation de l'écloserie ne se résume pas à un simple redémarrage.
Elle s'inscrit dans une logique de modernité et de performance. Dotée d'un système de recirculation en circuit fermé (RAS) de pointe, l'installation est désormais capable d'assurer une production d'alevins, tout au long de l'année.
Cette technologie qui optimise l'utilisation de l'eau et des ressources, permet d'atteindre un rendement constant et de minimiser l'impact environnemental. La première phase de cette nouvelle ère a vu la production de 30.000 alevins de tilapia rouge, une espèce prisée pour sa croissance rapide et sa valeur nutritive. Ces alevins ont été immédiatement distribués aux agriculteurs et pisciculteurs locaux, marquant le début d'un ambitieux programme d'intégration de l'aquaculture à l'agriculture.
L'objectif est clair : atteindre une production de 60 tonnes de tilapia d'ici la fin de l'année, puis diversifier les espèces d'eau douce pour ensemencer un plus grand nombre de bassins d'irrigation et de fermes aquacoles. Le projet ne se limite pas à la production d'alevins. Une convention stratégique a été signée entre la Direction de la Pêche et des Produits Halieutiques et l'Université «Djilali Liabès». Ce partenariat vise à faire du laboratoire de l'écloserie, un centre de recherche appliquée. Les travaux se concentreront sur l'amélioration des systèmes de production et le développement d'espèces à forte valeur économique, consolidant ainsi la chaîne de valeur locale.
Ce modèle s'appuie également sur un principe d'économie circulaire. Les eaux riches en matières organiques, issues des bassins d'élevage, sont valorisées pour fertiliser les sols agricoles, réduisant ainsi le besoin en engrais chimiques et les coûts de production pour les agriculteurs. Cette approche doublement bénéfique renforce la résilience des systèmes de production agricole et aquacole. Pour assurer le succès de cette relance, un accent particulier est mis sur la formation et l'accompagnement des acteurs de terrain. Le secteur a déjà recensé 80 agriculteurs engagés dans la pisciculture du tilapia rouge.
Des équipes techniques spécialisées les accompagnent à chaque étape, de la vérification de la qualité des bassins (d'un volume minimum de 1.000 m³) à la commercialisation du poisson. Des sessions de formation ciblées sont régulièrement organisées. Elles s'adressent non seulement aux agriculteurs et aux porteurs de projets mais aussi, de manière innovante, aux détenus des centres pénitentiaires de Sidi Bel-Abbès et Saïda, leur offrant une opportunité de réinsertion professionnelle.
Ces formations couvrent des techniques variées, de l'élevage intégré à la pisciculture et à la production de spiruline. La renaissance de l'écloserie de Tabia n'est pas qu'une simple reprise d'activité. C'est un projet global qui intègre innovation, recherche, formation et développement durable. En misant sur le tilapia rouge et en encourageant une filière complète — de la production à la transformation — Sidi Bel-Abbès se positionne en leader de la sécurité alimentaire et du développement aquacole dans l'ouest du pays. L'objectif ultime, partagé par l'ensemble des acteurs, est de "submerger le marché de produits locaux" et de faire de la pisciculture un levier de création d'emplois et de richesse pour la région.


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