Transport public. Après le drame, le temps des réformes

Le tragique accident survenu récemment à El Harrach qui a coûté la vie à dix-huit personnes et causé des blessures graves à une vingtaine d’autres, a profondément choqué l’opinion. Le drame est irréversible et les responsabilités devront être établies.
Mais au-delà de l’émotion et des accusations, il est temps de regarder la réalité en face : notre système de transport public de voyageurs a besoin d’une réforme profonde, structurée et durable. Le premier enjeu est organisationnel. Aujourd’hui, le transport public est traité comme un bloc homogène, alors qu’il recouvre des réalités très différentes. Il est essentiel de distinguer clairement le transport urbain, intercommunal et inter wilaya. Chaque secteur a ses particularités: les besoins des usagers, les règles d’exploitation, les types de véhicule, les distances parcourues, tout diffère. Une gestion centralisée et indifférenciée ne peut que créer de la confusion et de l’inefficacité. Il est donc urgent de repenser l'organisation du transport public selon une logique de spécialisation. Les infrastructures doivent également évoluer. Les gares routières doivent être réservées aux lignes longues distances, avec des installations adaptées : zones d’embarquement bien signalées, guichets, espaces d’attente décents, sécurité. Pour les lignes secondaires, les stations intermédiaires doivent être modernisées avec un minimum de confort: abris, éclairage, sanitaires, signalétique claire. Améliorer le confort des usagers, c’est aussi les encourager à choisir les transports en commun.
Autre point souvent négligé: le contrôle sur le terrain. Le personnel administratif est parfois surdimensionné dans certaines structures. Il serait pertinent d’en redéployer une partie vers des missions de contrôle actif sur les lignes : respect des horaires, des trajets, des limites de vitesse, vérification de la tenue et du comportement des conducteurs. Ce suivi quotidien, s’il est bien organisé, peut faire une réelle différence sur la qualité du service. La question de la formation des conducteurs mérite, elle aussi, une attention particulière. Les auto-écoles doivent faire l’objet de contrôles rigoureux pour s’assurer que les permis sont délivrés dans le respect des normes de sécurité. Par ailleurs, il est indispensable d’introduire un module de perfectionnement dans les centres de formation professionnelle ainsi que des stages de recyclage réguliers pour les conducteurs en poste. La conduite professionnelle exige des compétences qui doivent être actualisées en permanence. Il faut également soumettre les entreprises de transport et les propriétaires de bus à une vérification stricte de leurs structures de maintenance, de la fiabilité de leurs ateliers et de la possession régulière de pièces de rechange essentielles. L’état ne doit pas être en reste dans ce grand mouvement de refonte et sa principale et impérative mission est celle d’assurer l’entretien du réseau routier ainsi que de son éclairage et de ses différents types de signalisation. Ce drame ne doit pas être un simple fait divers oublié après quelques jours. Il doit servir de déclencheur à une réforme de fond, pensée sur le court et moyen termes, centrée sur la sécurité, la qualité du service et le professionnalisme. La modernisation du transport public ne peut plus attendre : c’est une exigence de sécurité, de responsabilité et de respect envers les citoyens.


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