Comme partout ailleurs dans le pays, les temps ont changé et Saida n'est plus la même. La situation dans laquelle elle se débat depuis de longues années, ne prête guère à l'optimisme et la plonge dans un profond marasme. Elle n'a plus la même physionomie, ni les mêmes habitudes. Les vernis du modernisme s'estompent aux premiers accrocs, les esprits sont encombrés de barricades de préjugés. La place de Méditation appelée ainsi par les Ouled Bled qui fait face à l'ancienne Mairie, fermée depuis plus de 03 ans, pour restauration, nous dit-on, continue vaille que vaille de jouer "Religieusement" son rôle de point de rencontre de toutes les mésententes et de tous les revirements. Là, on y déverse toutes les conditions de la mal-vie et tous les secrets de toutes les Cités de la Ville. Chaque jour que Dieu fait, Saïda se transforme en caisse de résonnances des ragots ravageurs. Le riche et le pauvre se rencontrent quotidiennement. L'Eternel a créé l'un comme l'autre, on y trouve le Dévot et le Tartuffe, l'honnête homme et son contraire, le repenti et sa victime, le syndicaliste et son exploiteur, le retraité et le chômeur maltraité par le mur auquel il s'adosse.
Le nouveau responsable qui vient faire son apprentissage, les mouches bleues qui remplissent quotidiennement les cafés de la place publique, les nouveaux ayatollahs qui vaille que vaille, jouent religieusement leur rôle avec leurs paroles mielleuses, la magie noire en vogue. Quoique réunis par groupes d'affinités, leur sujet de discussion est le même: critiques et dénigrements ! Et il y ceux qui se contentent d'écouter. L'absent qui a toujours tort, nourrit la discussion et quand par miracle, il apparait, les langues fourchues, distillant leur venin, deviennent mielleuses à souhait, on flatte son Ego. Certains sujets laissent des plumes en tournant une tournée de café et autres boissons ou encore en accordant un prêt à un dénigreur insolvable. Les rares Saidis qui gardent quelques illusions sur une hypothèque moralisation de la vie publique, en resteront pour leurs frais, la médiocrité érigée en système de gestion aura eu raison des espoirs les plus têtus. Dans ce genre d'endroit, le wali et sa troupe de l'Exécutif ainsi que les élus sont passés au Scanner.
Saïda. Chronique d'une ville oubliée
- par OULD OGBAN
- Le 14 Janvier 2025
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