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20 avril 1980 – 20 avril 2024. La Kabylie à l’heure du printemps berbère

Comme chaque année, les régions de la Kabylie commémorent le printemps berbère par une panoplie d’activités culturelles, scientifiques et sportives. Les activités culturelles, lancées pour la plupart, ce week-end, se déroulent au niveau de plusieurs associations de la wilaya, avec au menu un programme patchwork riche et varié. Ainsi, des expositions consacrées au patrimoine culturel ancestral berbère comme les vieux objets et produits artisanaux (bijoux traditionnels, habits traditionnels, tapisseries et arts culinaires), ont été exposés au niveau des maisons de jeunes et centres culturels. Plusieurs conférences, retraçant l’histoire et les origines du printemps berbère, sont également au menu, des rencontres qui seront animées par des figures de proue de ce mouvement et autres académiciens. Plusieurs villages et localités ont tenu à célébrer aussi cet anniversaire des événements du 20 avril 1980, appelés le printemps berbère où des établissements de l’éducation seront des lieux de convergence des festivités de célébration qui seront marquées par des galas et des expositions. En effet, plus de quatre décennies se sont écoulées, après les événements du printemps berbère du 20 avril 1980, la question identitaire a connu une grande évolution en Algérie grâce à une lutte générationnelle.
Si beaucoup de militants considèrent qu’il reste beaucoup à faire pour le parachèvement de la cause identitaire, cependant beaucoup d’acquis et pas des moindres ont été arrachés. Pour beaucoup d’animateurs du mouvement culturel berbère culture, «la langue et l’identité amazighe ont fait leur chemin historique qui va de consécration en consécration, après le combat de plusieurs générations». «Un parachèvement des luttes de beaucoup de générations qui se sont sacrifiées», nous diront à l’unanimité nos différents interlocuteurs, estimant que l’identité amazigh «constitue un élément essentiel pour la réconciliation du peuple algérien avec son identité», ce qui jouera aussi, aux yeux de certains de nos interlocuteurs «pour la stabilité du pays dont il a besoin pour continuer son développement national». «La double officialisation de Yennayer et de la langue amazigh est un grand pas et reste maintenant à l’Etat d’œuvrer à la promotion de la langue et son développement dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire national», affirment également les spécialistes de la langue et patrimoine amazigh. Une identité amazigh qui a fait un grand chemin et n’est plus un tabou, comme était dans les années soixante et soixante dix. Tamazight est désormais parmi les composantes de l’identité nationale officielle et le fondement de la nation algérienne qui fait, désormais, un large consensus de la classe politique algérienne avec ses différentes tendances. Reste maintenant à redynamiser certaines institutions qui œuvrent pour la promotion de la langue amazigh, comme l’Académie algérienne de la langue amazighe dont sa création, à l’époque, a été saluée pour beaucoup d’enseignants et linguistes. Ces derniers voient toujours en cette institution de l’Etat comme étant «un cadre important pour réunir les conditions de promotion de Tamazight en vue de concrétiser, à terme, son statut de langue officielle». L’Algérie a fait aussi un grand pas en officialisant cette date historique et repère qui parachève le processus de reconnaissance en Algérie et conforte l’unité et la stabilité nationales. La société civile est unanime à voire en cette officialisation de Yennayer comme étant «une consécration des valeurs nationales et le renforcement des fondements de l’identité algérienne et l’unité nationale, une réponse aux aspirations des citoyens et citoyennes à travers le territoire national». Yennayer officialisé est venue aussi comme un parachèvement de la consolidation des fondements de l’identité nationale et qui vient se greffer comme empreinte glorieuse à l’histoire antique de l’Algérie qui va «dans le sens de la préservation de notre héritage identitaire.
Des militants et linguistes ne cessent d’appeler à redynamiser l’académie berbère en s’appuyant sur les travaux des experts qui se chargeront de réunir les conditions de promotion de Tamazight en vue de concrétiser, à terme, son statut de langue officielle. Il faut rappeler que cette institution a pour vocation de mener des recherches dans tous les domaines de la promotion de la langue amazighe, à travers «la codification et la standardisation de la langue sur la base de l’ancrage social et de la dynamique culturelle dans toutes ses variétés par une approche convergente. La création de cette institution est le parachèvement des luttes de beaucoup de générations qui se sont sacrifiées. Pour rappel, Tamazigh, la plus ancienne langue maternelle des Algériens, est enseignée à l’école depuis 1995, soit après la fameuse grève du cartable durant l’année scolaire 1994/1995. Après la création du Haut comité à l’amazighité (HCA) en 1995, en sus de deux départements de cette langue lancés aussi au sein des universités de Béjaia et Tizi-Ouzou. En avril 2002, cette langue est constitutionnalisée est devient deuxième langue nationale, dans une conjoncture particulière marquée par les événements du printemps noir de l’année 2001. Une avancée qui ajoute aussi à la création de la télévision amazighe au sein de l’ENTV. «Tamazight est, aujourd’hui, enseignée à l’école ; son enseignement se fait sur la base de la maîtrise de la langue (le kabyle le plus souvent) sans aménagement préalable de celle-ci, sans outil didactique et sans formation de formateurs», nous fait savoir un enseignant de cette langue qui nous dresse un bel état des lieux de l’avancée de cette langue sur le terrain. Pour notre interlocuteur, la seule base de l’enseignement de cette langue demeure «les travaux de Mouloud Mammeri : tajerrumt (grammaire) et amawal (lexique néologique) non didactisés» en déplorant que «les manuels élaborés par le ministère de l’Enseignement sont souvent mal compris et considérés comme peu pratiques». Il faut rappeler aussi la création du Centre National Pédagogique et Linguistique pour l’Enseignement de Tamazight (CNPLET) qui travaille d’arrache-pied sur la problématique de l’aménagement de la langue amazigh en Algérie. Si au Maroc, la question de la transcription de cette langue est tranchée en utilisant officiellement le Tifinagh comme caractère, en Algérie, elle demeure toujours d’actualité. Les linguistes évoquent la non préparation de cette langue pour son officialisation en la non Amazighisation de l’environnement et des problèmes liés à «l’état de la langue (pluralité) et sa fonctionnalité (sans tradition d’utilisation dans le domaine formel) dans le milieu plurilingue les représentations et attitudes de la société à son égard». Les spécialistes de cette question estiment que «l’académie pour la langue et culture berbère est la plus habilitée pour définir les linéaments d’une stratégie globale d’aménagement de cette langue tenant compte du contexte pluriel dans lequel elle s’inscrit et des attentes de la société langagière qui la reçoit afin de lui assurer des chances de succès». Il faut dire que 44 années après le 20 avril 1980 et les événements baptisés «Printemps berbère», l’identité berbère a fait un long chemin parsemé d’embûches avec des acquis qui étaient un rêve de beaucoup de militants de cette cause dont certains ne sont plus de ce monde. Le printemps berbère est même lié avec la déclaration de Novembre 54 et la plateforme du Congrès de la Soummam du 20 août 1956. Durant les années 70 et 80, les animateurs du mouvement berbère de l’époque s’étaient ressourcés des traditions inespérées par des repères enfouis dans les mémoires dont le 20 avril restera l’écho fondateur de l’Algérie démocratique.

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