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1er novembre 1954. Une date, une histoire

La commémoration du soixante septième anniversaire du déclenchement intervient dans une conjoncture particulière marquée par une tension sur le dossier de la mémoire entre la France et l’Algérie. Soixante-sept années après le déclenchement de la Révolution de novembre, il convient de combattre l’oubli, rendre hommage aux initiateurs, concepteurs et nombreux anonymes qui ont fait la réussite de cet événement, perpétuer le sens de l’honneur et du sacrifice auprès des générations post indépendance et projeter l’Algérie dans son avenir à construire par tous et toutes et avec toutes et tous, avec les différences, l’Algérie démocratique et sociale, tel qu’écrit dans la déclaration de novembre de 1954. Le premier novembre 1954 a marqué la rupture avec le système colonial Français de plus de 132 années et le rendez-vous électoral d’aujourd’hui marque aussi cette rupture avec le régime de Bouteflika et son oligarchie mafieuse qui a laissé un pays gangrené par la corruption et les passes droits. Le 1er novembre 1954 a été l’émanation directe des événements du 8 mai 1945 dont la sauvagerie de la répression française a renforcé l’attachement du peuple algérien à l’indépendance et au mouvement nationaliste militant pour l’indépendance. Historiens et acteurs de la révolution sont unanimes à s’accorder à dire, que le déclenchement de la révolution du 1er novembre 1954 a été bel et bien l’émanation directe des événements du 8 mai 1945 en Algérie. La proclamation du 1er Novembre 1954, document politique fondamental de la Révolution Algérienne, parmi les plus étudiés par les historiens, n’avait justement pas fait fi du mouvement national depuis la création de l’étoile Nord-Africaine. Une révolution qui était l’émanation directe des événements de 1945 avec qui le lien était tellement étroit qu’il mérite d’être souligné, mais à la différence que le peuple algérien qui y a manifesté alors, croyait encore en la possibilité de recouvrer ses droits par des moyens pacifiques. Mohamed Boudiaf affirmait, en 1961, dans «le commencement», écrit à Turquant, que la réussite du 1er novembre, qui était « une marche historique qui a bouleversé un continent et qui n’a pas fini d’étonner le monde par sa puissance, sa vitalité face à un adversaire désorienté et complètement déréglé», était bel bien une belle leçon apprise par le peuple algérien. Ce dernier était « instruit par son premier échec, à ne plus commettre d’erreurs et à utiliser les moyens adéquats capables de faire face à la force qu’on lui a toujours opposée », écrivait encore Si Tayeb El Wattani. Oui, cet authentique sursaut populaire héroïque et salvateur qui a engendré la date du 1er novembre, une révolution libératrice, essaimée à travers le monde, en symbolisant un flamboyant modèle de résistance pour les peuples opprimés, était la suite logique des événements sanglants du 8 mai 1945. Pour l’historien Mohamed Harbi, les massacres du 08 mai 1945 sont « un traumatisme qui radicalisera irréversiblement le mouvement national. Soixante-six ans après, évoquer la Révolution de Novembre, c’est passer en revue ses acteurs, ses dates et ses lieux qui ne se dissocient guère d’elle. En effet, les six historiques qui sont : Mohamed Boudiaf, Mustapha Ben Boulaïd, Mourad Didouche, Larbi Ben M’hidi, Rabah Bitat, Krim Belkacem réunis le 23 octobre 1954 à Pointe-Pescade, (aujourd’hui Raïs Hamidou), dans la proche banlieue d’Alger, étaient convaincus qu’il faut impérativement déclencher la Révolution du 1er Novembre 1954. A ces six (Historiques) s’ajoute le septième acteur de cette réunion secrète à savoir le regretté Mourad Bouchekoura chez lequel la réunion s’est tenue. Le consensus a eu lieu malgré la crise que traversait le Parti du peuple algérien (PPA) et du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) dont la plupart de ces personnalités étaient issues. Une guerre d’indépendance qui « ne doit pas être séparée de l’histoire, de ce qui l’a précédée, en particulier des nombreux mouvements de résistance à la colonisation de l’Algérie qui ont eu lieu avant son déclenchement », notera aussi l’historien Français Gilles Manceron. «Le déclenchement de la lutte armée en Algérie ne retentit pas comme un coup de tonnerre dans un ciel serein», dira Gilbert Meynier historien, et ce, «en dépit des assertions officielles françaises qui affectèrent, publiquement, sur le registre du fait divers, d’imputer l’événement à une organisation de malfaiteurs ; et/ou, dans le contexte de guerre froide, intriqué avec la méfiance à l’égard des suites politiques de la révolution égyptienne du 23 juillet 1952, elles dénoncèrent la main du Caire, représentée comme n’agissant que sur les directives de Moscou », écrivait encore l’auteur de «Histoire intérieure du F.L.N. 1954-1962». En novembre 1954, nombre d’observateurs lucides, en France et ailleurs, percevaient bien ce qui était en cause et ce qui se produisait, «au point d’avoir dangereusement mis en cause ses valeurs, son équilibre psychologique et jusqu’à sa cohésion nationale», écrivait aussi Mohamed Boudiaf à propos de cette révolution épique, à écho retentissant, à laquelle la France ne s’attendait guère. Oui, en 1958, soit deux années plus tard après son déclenchement, la révolution du 1er novembre a fait tomber la IVe République française. Cette guerre pour l’émancipation algérienne était une plaie béante pour la France qui dénonçait pourtant «la barbarie nazie, les tortures, les déportations, les exécutions sommaires, témoigne Henri Pouillot. A cet ancien appelé du contingent français, affecté au centre de torture qu’était la Villa Susini à Alger, de relever que dans le subconscient général, «il n’était donc pas possible que l’Armée Française ait pu se conduire comme les nazis; cela ne pouvait être que des exceptions qu’il fallait cacher», Le 1er novembre c’est aussi l’esprit et la lettre qu’il fallait expliquer en mettant à profit des supports écrits et audiovisuels comme complément de la lutte armée dont le FLN avait réussi à renvoyer une image moderniste des aspirations révolutionnaires du peuple algérien. Alimenté ainsi, le pourquoi du 1er novembre était posé, avec acuité, d’abord, par ses instigateurs, une poignée certes, mais résolus qui – après épuisement de tous les moyens antérieurs de lutte et de revendications émancipatrices – avec détermination, avaient bouleversé, par l’action directe, le cours de l’histoire, en s’adressant, en «Novembristes», au peuple algérien en ces termes homériques: «A vous qui êtes appelés à nous juger…». En ces temps de crise que traverse l’Algérie, le 1er novembre est une halte historique et une source d’inspiration pour restituer son esprit, instaurer un débat serein et évoquer le consensus. L’Algérie de novembre saura relever le défi.

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