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19 MAI 1956. L’engagement de l’élite intellectuelle dans le combat libérateur

L’Algérie célèbre, aujourd’hui, la Journée nationale de l’étudiant, et ce, 68 ans après que ces jeunes de l’époque entrèrent en grève et décidèrent de quitter les bancs des universités et lycées pour rejoindre les rangs de la Révolution Algérienne déclenchée le 1er novembre 1954. En effet, à l’appel de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA), les étudiants algériens se sont soulevés que ce soit en Algérie ou à l’étranger pour apporter leur soutien à la lutte du peuple algérien pour s’émanciper du joug de la colonisation française. «Le ralliement des étudiants algériens à la Révolution de Novembre 1954 a permis à celle-ci de bénéficier de leurs compétences dans divers domaines. Ils constituèrent les cadres de l’Armée de libération nationale (ALN) qui, grâce à leur apport, acquit les caractéristiques d’une armée moderne, structurée et organisée» écrivent presque à l’unanimité les historiens sur cet événement majeur de la guerre de libération nationale.
Dans les écrits sur cet événement historique, sont relevés à chaque fois que besoin est, l’intérêt particulier qu’accordait le Front de libération nationale (FLN) aux étudiant dès le début de la révolution en soulignant l’écho qu’a eu «le ralliement des étudiants à la Révolution qui eut un grand impact sur l’opinion publique française et mondiale». Les étudiants algériens ont assumé des missions médiatiques et diplomatiques et œuvraient à la mobilisation et à la représentation du FLN au niveau des organisations régionales et internationales, des conférences et autres rencontres tenues dans les différents pays à travers le monde. Le ralliement des étudiants a marqué un tournant décisif dans la lutte armée et mis fin aux allégations colportées par l’occupant français sur les dirigeants de la Révolution. Cela est démontré par la forte présence des étudiants au sein de l’organisation mondiale des étudiants. L’arrivé des étudiants en grand renfort, a insufflé un fort élan à la guerre de libération, notamment après la désignation de certains étudiants dans des postes de direction dans les rangs du Front de libération nationale et leur réussite à l’élaboration des contours d’une stratégie pour faire face au colonisateur. De ces étudiants qui ont mis leur savoir-faire, Taleb Abderrahmane, étudiant en chimie qui déjà, pendant les vacances universitaires de l’été 1955, organisait, pour les Djounoud de l’ALN, un stage d’artificiers, dans la forêt d’Azzefoun. Il quitte les bancs de la faculté de Chimie de l’Université d’Alger, pour se consacrer à la cause nationale et rejoint le maquis des monts de Blida où le futur colonel de la Wilaya IV, Amar Ouamrane, l’affecte à l’infirmerie. Il prend pour nom de guerre Mohand Akli. Sur instruction du commandant militaire, Slimane Dehilès, il quitte le maquis pour Alger où il intègre l’atelier de fabrication de bombes créé par la Zone autonome d’Alger. Yacef Saadi charge Abderrahmane Taleb de fabriquer des explosifs. Il accepte à la condition que les cibles soient exclusivement militaires.
L’atelier est installé impasse de la Grenade, chez un vieux militant du PPA et de l’OS, Abdelghani Marsali.. Par mesure de sécurité, ce laboratoire fut transféré chez les Bouhired puis au quartier de La Scala. Fin janvier 1957, passant à travers les mailles du filet tendu par le général Massu, Abderrahmane Taleb quitte la Casbah et rejoint de nouveau le maquis de Blida (Chréa), au djebel Béni Salah. Sur dénonciation, il est capturé au mois d’avril par les parachutistes. Il venait d’échapper à une embuscade tendue la nuit dans une clairière par les mêmes parachutistes. Conduit à la ferme Chenu (Haouch Chnou), au faubourg de Blida, il fut identifié après avoir été sauvagement torturé. Trois fois condamné à la peine capitale et au procureur qui réclamait la peine de mort, Abderrahmane prononça ses paroles qui résonnent toujours : « On demande ma tête, encore et pour la troisième fois. Mais, Messieurs, je suis un mort en sursis et, croyez-moi, ma troisième condamnation à la peine capitale ne m’effrayera point. Pour ma patrie, pour mon idéal et pour mon peuple, périr n’est qu’un sublime sacrifice auquel je suis déjà résigné. Et, en résistant, en soldat digne de l’être, à l’exemple de mes frères déjà martyrisés, je saurai mourir. Et, si vous avez à prononcer le verdict monstrueux qu’on réclame contre nous, soyez persuadés que la guillotine est pour nous ce que la Croix représente dans vos églises… L’Algérie sera libre envers et contre tout.» Abderrahmane Taleb fut exécuté la tête tranchée, le 24 avril 1958, à l’aube, malgré les pressantes démarches effectuées auprès du président de la République française, René Coty, par d’éminentes personnalités françaises comme Jean-Paul Sartre, François Mauriac, Henri-Lévy Brühl, Francisque Gay, Maurice Duverger, Henri Laugier, Maurice Haudiou, Pierre Emmanuel et par de grands écrivains et publicistes. Réunies à Londres, vingt-deux associations nationales d’étudiants de différents pays avaient demandé, en vain, la révision du procès. Son nom et son parcours furent présentés au Collège de France, dans les Instituts de recherche, les Facultés et dans les Grandes Ecoles françaises. Le journal l’Humanité, organe central du PCF, titrait : «Taleb ne doit pas mourir». La sentence de mort souleva un vaste mouvement d’indignation et de protestation à travers le monde mais elle fut maintenue. Le 24 avril 1958, à l’aube, Taleb Abderrahmane passa sous la guillotine dans l’enceinte de la prison Serkadji. Il avait 28 ans. L’apport des étudiants algériens à la révolution épique du 1er novembre a eu un écho retentissant à laquelle la France ne s’attendait guère. Une révolution qui a emporté la IVe République, en 1958. En plus des étudiants intellectuels impliqués, le 1er novembre c’est aussi l’esprit et la lettre qu’il fallait expliquer en mettant à profit des supports écrits et audiovisuels comme complément de la lutte armée dont le FLN avait réussi à renvoyer une image moderniste des aspirations révolutionnaires du peuple algérien. En somme, le 19 mai est le symbole de l’engagement d’une jeunesse algérienne et par ricochet de l’élite intellectuelle dans le combat libérateur.

À propos Hocine Smaali

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