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Volte-face

Volte-face, revirement, atermoiement, valse-hésitation et on pourrait continuer… Il est difficile de trouver un exemple d’égarement gouvernemental aussi flagrant et aussi manifeste que celui rapporté récemment par la presse, concernant l’importation des véhicules de moins de trois ans. A peine entamé le dixième mois de sa vie, voici qu’un article de la loi de finances pour 2020 régissant cette matière précise, est tout bonnement écarté d’un hautain revers de main digne de l’art de naviguer à vue sans aucun cap précis à part ce que pourrait offrir aléatoirement une politique de tâtonnement qui nous fait découvrir, neuf mois après sa promulgation, que le texte législatif ne peut continuer d’être en vigueur, et doit donc cesser d’être appliqué! Les raisons? Ça serait importer de la ferraille et renforcer le marché parallèle des devises étrangères ! De quoi halluciner. Là on est en train de réinventer le fil à couper le beurre. Si l’on comprend bien, le conseil des ministres n’avait pas anticipé sur ces deux éléments lors de l’adoption du projet de loi, et nous laisse imaginer avec stupéfaction que la visibilité du gouvernement peine à aller au-delà de neuf mois de gestion étatique. A ce niveau de hiérarchie, nous sommes déconcertés par le manque de vision de certains de nos dirigeants, et par le peu de sérieux qu’ils montrent lors de la phase de préparation des lois. Le tâtonnement est de rigueur, l’improvisation est maîtresse dans l’action de l’exécutif, le sentiment d’irresponsabilité est conforté par l’absence de sanction des urnes, le mea culpa n’est pas inscrit dans le répertoire de nos traditions politiques, le gel d’une loi est devenu une méthode si banale qu’elle n’a bien évidemment pour résultat que de décrédibiliser une législation censée être l’expression de la volonté de tout un peuple. En fait, l’objet de cet article n’est pas de discuter du bien-fondé de ce gel, cela sera sans doute pour une autre occasion, mais de la forme qui semble complètement ignorée par ces responsables par trop imbus de leurs fonctions au niveau des plus hautes sphères de l’Etat, et qui ne leur vient jamais à l’idée de devoir faire preuve d’un minimum d’égard à l’endroit d’une population qu’ils ont L’OBLIGATION de servir. Ôter à une loi son caractère obligatoire, sa durabilité, sa crédibilité, sa supériorité sur les convenances individuelles trahit la légèreté avec laquelle sont gérées les affaires de l’Etat. Ce sont là des pratiques que nous croyions révolues. Car se jouer ainsi de ces principes fondamentaux et universels qui sont les substrats de toute nation qui se réclame d’une gouvernance démocratique, relève d’un manque de respect et de considération, à la fois envers les institutions et envers le peuple dont elles ne sont en définitive que l’émanation. Nous savons très bien que cela ne signifie pas grand-chose dans les esprits des tenants de l’ancien régime, tous moulés et fossilisés au joug de la pensée unique. Il est regrettable qu’aujourd’hui encore, en pleine illusion et espérance d’une Algérie nouvelle, l’on voit de nouveau des incursions de modes de pensée déclarés de fait hors du temps, et qui donnent à entendre que certains nostalgiques de l’unicité de décision n’ont rien perdu de leur verve malsaine et nuisible, tant ils sont capables de dégager d’une seule pichenette tout scrupule qui viendrait rôder autour de leur conscience imperturbable, peu leur importe les vents et marées contraires.

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