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Une page sombre de la colonisation mise en évidence par la revue «Politis» La guerre des grottes

Des crimes terrestres aux crimes souterrains en Algérie, la France coloniale n’en est pas moins hantée aujourd’hui par l’histoire cruelle de sa barbarie. Nouvelles révélations sur la Guerre d’Algérie ou le silence savamment entretenu et l’amalgame sur les gaz toxiques utilisés par la France coloniale. De 1956 à 1961, les militaires français ont pourtant utilisé des gaz sur des combattants nationalistes algériens, dissimulés dans les grottes, un fait longtemps «sous-documenté» en raison du verrouillage systématique des archives. Il a fallu les témoignages durant les premières années de l’indépendance d’anciens militaires français qui ont permis de lever le voile sur le gaz utilisé sur des détenus algériens dans les sous-sols et les grottes. Il est certain que l’instrumentalisation de l’histoire de la révolution, le trucage des faits par la France coloniale et les apparences ont donné parfois cet effet d’occulter «les détails» d’un acte aussi structurant et dévastateur que fut la colonisation de l’Algérie qualifiée de crime contre l’humanité. L’un de ces actes qui a remonté en surface durant le mois de Ramadhan, dans une certaine presse de l’Hexagone, est relatif aux effets des essais nucléaires commis par la France sur des militaires et des civils français durant l’occupation de l’Algérie. Mais voilà qu’à peine cet épisode pas encore pansé qu’un autre aussi sombre vient d’être déterré au grand désarroi des historiens et des spécialistes. Il s’agit des «crimes»  perpétrés par les militaires français pendant la période de détention des moudjahiddines. Internements dans les camps de concentration, crimes, privation d’eau et de nourriture, recours aux gaz toxiques dans les geôles et autres grottes souterraines, furent en effet une page aussi barbare et douloureuse de la guerre de libération nationale où pendant près de huit ans, la machine militaire coloniale a tenté tous les «procédés» afin de faire taire «le combat des Algériens pour leur indépendance. La revue mensuelle «Politis» a mis la lumière, dans son dernier numéro, sur une page obscure de la colonisation pendant la Guerre de libération nationale durant laquelle l’armée française a eu recours aux gaz toxiques contre les moudjahidine et les civils dont des femmes et des enfants, enfermés dans des grottes. Sous le titre générique « La guerre des grottes », le mensuel édité par le quotidien El-Moudjahid, revient sur ce « dossier explosif qui remonte à la surface 65 ans plus tard », illustré par des articles et photos d’archives. Evoquant des crimes « souterrains » commis par le colonialisme français entre 1956 et 1961, Politis revient, dans le détail, sur cette page sombre de l’histoire qui « fait partie des secrets verrouillés par la France sur la guerre d’Algérie ». L’auteur de l’article mentionne que c’est sous « le secret le plus total, au plus haut sommet de l’Etat français, qu’a été prise la décision de créer des sections spéciales entièrement coupées de l’armée française, chargées de mener une sale guerre, à coups de gaz, dans les grottes où se repliaient les combattants de l’ALN et, très souvent, des civils, femmes et enfants que les ratissages, les exactions et les bombardements au napalm avaient forcés à quitter leurs hameaux ». Le général De Gaulle avait donné le feu vert pour la création de « sections spéciales » qui vont opérer dans le plus grand secret (même les autres corps d’armée n’étaient pas au courant), pour « nettoyer » les grottes, écrit le même auteur, précisant qu’il s’agit d’un « crime d’Etat méconnu en raison d’un accès impossible aux archives ». Dans un entretien accordé à «Politis», Christophe Lafaye, docteur en histoire, estime, dans ce sens, qu’il est « urgent » d’ouvrir toutes les archives, soulignant qu’à travers « la guerre des grottes », le ministère des Armées de la 4ème République « croit en l’utilisation de la chimie à des fins militaires pour remporter la victoire. C’est ainsi que l’emploi de gaz toxiques est décidé ». Dans un autre article, d’anciens membres de ces sections spéciales reconnaissent qu' »ils ont laissé les cadavres de combattants algériens dans les grottes. Les entrées étaient détruites lorsque cela était possible », ajoutant que le nombre de disparus de cette guerre « souterraine » est « inconnu ». Leurs familles « n’ont pas su s’ils étaient morts, ni dans quelles conditions », ont-ils confié. Des historiens et journalistes, dont Christophe Lafaye et Gilles Manceron, ont lancé, le 7 avril 2022, un appel aux autorités françaises pour que les archives militaires « cadenassées » sur le recours aux armes chimiques par l’armée française dans des grottes pendant la Guerre d’Algérie, soient « ouvertes et consultables », rapporte « Politis ». La même publication note qu’un documentaire sur « la guerre des grottes » est en préparation, mais ses initiateurs ont du mal à le réaliser, en raison des difficultés d’accès aux archives. Dans ce sens, il est écrit que 60 ans après la fin de la colonisation et de la Guerre de libération nationale, « on parle d’un +apaisement de mémoires+ ». Mais, « est-ce possible si la mémoire n’est pas d’abord restituée et si l’accès aux archives reste encore partiel », s’interroge l’auteur qui conclut: « Il en est ainsi de la guerre des grottes ».

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