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Tigditt. Des rues sans noms mais pleines d’histoire

Tigditt s’est constituée à partir de la fin du 19ème siècle en dehors des murs de Mostaganem. Initialement, c’était l’espace où les citadins qui avaient réussi construisaient leur résidence secondaire. L’habitat y était épars et entouré de verdure. Ce n’est qu’avec le développement du port que la main d’œuvre afflua des environs et chercha à se lotir le moins loin possible du lieu de leur activité, docker occasionnel. Petit à petit, l’homme étant grégaire, des maisons s’accolèrent pour former la première rue du quartier. C’est El Maksar qui débute par un mausolée, Sidi Bessenouci, se termine par un autre, Sidi Allel M’hamed, et comporte en son milieu Sidi Boumehouene. C’est la rue des premiers citadins de Tigditt. Accolée à une légende qui raconte que les lions de Moul Nakhla de Qadouss el meddah empêchaient les maraudeurs, une fois la nuit tombée, de commettre des méfaits. Mais les rues et ruelles étaient en dédale, un imbroglio de passages et d’escaliers qui firent le bonheur des fidaïyne et des moudjahidine. En effet, la mission s’accomplit en général à Souiqa Fougania et les voies d’évacuation sont les nombreuses voies ou escaliers qui relient cette place centrale à Souiqa Tahtania, beaucoup plus modeste depuis les inondations de 1927. L’armée colonialiste, lourdement équipée, ne pouvait suivre. Plus tard, des patrouilles se firent nombreuses et constantes, le soldat chargé de la radio ne cessait jamais de siffler, de chanter à défaut de parler dans le micro. Dès que le son s’arrête, cela signifie que la patrouille est en difficulté ou qu’elle est carrément attaquée. Attaque qui, souvent, se limitait à des jets, plus ou moins nourris, de pierres. Il fallut trouver un moyen de situer vite l’embuscade et de secourir les soldats. Le commandement militaire décida d’attribuer des numéros successifs aux rues qui se succèdent. Ainsi même si le numéro échappe aux militaires, ils savent le secteur à rallier. La rue principale, la seule qui avait déjà un nom, Borjolly et qui constitue le cordon ombilical entre le mur de la ville qui se dresse face à Tigditt, au niveau de Bab Medjahers, et se termine à la première école primaire pour indigènes, l’?cole Jean Maire, actuelle Mehdi Benkhedda, porta le numéro 1. Les ruelles adjacentes sont paires et impaires dans les numéros qui suivent. Ce schéma simple, parce que de guerre, est répété pour la grande voie entre Souiqa Fougania et Zaouia Allaouia qui porte le numéro 48 et comporte des ruelles qui y aboutissent avec des numéros qui se suivent. La rue 28, de Souiqa à Kairiel obéit à la même logique. Ainsi Tigditt est devenue quadrillée de la rue 1 jusqu’à la rue 72. L’armée a cru la maîtriser mais a vite déchanté, le quartier resta la base de la résistance populaire jusqu’à prendre le surnom d’El Qahira. Cependant, il faut être né sur place pour avoir une idée des chiffres qui semblent sans lien logique. Ma rue natale porte le numéro 50, perpendiculaire à la rue 26, elle débouche sur la rue 48, de l’autre côté commence la rue 69. Plus tard, on apprit que cette odonymie existait à New York, cela nous tira un peu de l’impression d’oubliés, qui persistait après l’indépendance. Ce n’est qu’en 2010, soit quarante ans après l’indépendance, que l’on songeât à donner des noms à ces rues numérotées. Entre temps et dans la liesse post indépendance, la rue 28 était devenue rue Van Troy, un héros vietnamien, peut-être instructeur des Algériens prisonniers spéciaux en Indochine et qui allaient recevoir une formation puis créer l’ALN, la rue 48 portait le nom d’un chahid natif de l’endroit, Bessikri. On n’en tient pas compte et on attribua de nouveaux noms à toutes les rues de Tigditt en oubliant des noms qui auraient dû être des mythes formateurs d’une histoire qui reste à présenter sous un jour et construise l’amour du pays dans les cœurs juvéniles. Je pense à Bagharnout Abdelkader dit Papy, à Ameziane Sabria dite Khalti Sabria et à beaucoup d’autres.

À propos Mansour.Benchehida

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