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Que deviennent les harragas, une fois arrivés en France. L’amer… après la mer!

Reportage réalisé par: Taoufik Rouabhi

Sur la question des harragas algériens en France, la vérité n’est bonne, pour ceux qui font semblant de la rechercher, seulement si elle montre le côté paradisiaque de la vie des harragas après la traversée, et toute une autre version pour eux, ne peut être que suspecte et décourageante pour les futurs harragas. Que cela plaise ou non, voila ce qui se passe réellement pour les harragas, arrivant à Toulouse.

                                                               Quand les rêves se noient
Ils sont jeunes et parfois très jeunes, en majorité des hommes, ils croyaient trouver une vie meilleure en France mais aujourd’hui, beaucoup de harragas vivent dans la plus désespérante précarité, ils se trouvent à errer dans les rues de Toulouse, sans travail, sans argent, sans toit. Depuis le début de l’année 2021, le nombre de harragas algériens, arrivant en majorité de l’Ouest d’Algérie, a bondi, installés dans les rues du quartier Arnaud Bernard, un des quartiers populaire du centre-ville de Toulouse, leurs conditions de vie demeurent difficiles, privés de certains droits essentiels et en particulier de celui de travailler régulièrement, pour survivre. Aussi, nombreux se lancent dans la vente illicite de cigarettes, d’autres deviennent de petits dealers de drogue et les plus chanceux sont exploités s’ils trouvent un travail. Saïd, 19 ans, originaire de la ville de Mostaganem, a quitté l’Algérie, il y a cinq mois. Arrivé il y a tout juste trois mois à Toulouse, en passant par l’Espagne, il dort dans un squat et tous les matins, se dirige ver la place d’Arnaud Bernard pour vendre des cigarettes. Comme lui, ils sont nombreux les harragas qui vendent des cigarettes. Pour Saïd, cela n’a pas été facile de passer de l’Espagne à Toulouse: «J’ai dû marcher pendant trois jours dans la forêt pour rejoindre la frontière française», vêtu d’un maillot de foot du Real Madrid. Il raconte son histoire: «En Algérie, je n’avais pas de travail, je naviguais (la débrouille) à droite et à gauche, un de mes voisins (aujourd’hui en prison) était passeur, il avait déjà amené des jeunes de mon quartier en Europe et en regardant les vidéos de mes potes postées sur Facebook, laissant entendre une vie joyeuse, j’ai décidé de faire comme eux… Nous étions 10 dans un boté (embarcation de fortune) ; chacun de nous a donné la somme de 10 millions et nous avons mis 20 heures pour arriver en Espagne. Nous étions serrés et le boté était étroit, la mer très agitée; j’ai beaucoup vomi et eu trop peur quand l’eau a commencé à entrer dans le boté à cause d’un trou; nous avons dû écoper pour ne pas couler; certains avaient pris des psychotropes pour supporter le voyage». Saïd ne dit pas qu’il regrette d’être venu mais «ici, j’ai retrouvé mes potes du quartier, ils m’avancent des cartouches de cigarettes et je rembourse une fois que j’ai vendu; je me fais 20 euros à 40 euros quand ça marche bien. Nous sommes nombreux à vendre des cigarettes, parfois il faut se bagarrer pour vendre. Tous les harragas, ici, n’ont que les revenus des cigarettes, tout ça pour ça! Alors, j’ai failli y laisser ma vie». A la question, pourquoi il dort dans un squat, il répondit: «Il n‘y a plus de place dans les foyers hébergement. Chaque soir, je compose le 115 (numéro pour les sans abris) et en guise de réponse, on me dit que c’est complet pour ce soir, il faut rappeler demain. Alors, des potes m’ont montré une maison sur deux étages abandonnée; je vis dedans avec d’autres personnes et même là, nous sommes menacés d’expulsion».

                                                                 Des réseaux de passeurs organisés
Djamel, un Oranais du quartier St Pierre, a mis seulement trois heures pour rejoindre l’Espagne depuis la côte oranaise. Pour cela, il a déboursé équivalent de 4.000 euros. Djamel n’était pas le seul à déboursé 80 millions, nombreux comme lui ont fait la traversée ces derniers mois. «Nous étions 09 dans le «Tropico» (une embarcation ultra rapide), nous avons mis quatre heures pour arriver en Espagne, une fois accostés, nous avons grimpé une montagne ensuite nous avons pris un train jusqu’à Barcelone… Nous avons attendu la nuit pour prendre le bus pour la France car il y avait beaucoup de contrôle». Djamel est aussi vendeur de cigarettes; «ici, nous sommes nombreux à vendre des cigarettes, mais pour avoir un coin sur la place d’Arnaud Bernard, parfois il y a des bagarres». En Algérie, Djamel était marié et père d’un enfant de trois ans, avec une licence en droit, il n’a pas trouvé d’emploi. «J’ai une licence en droit mais j’étais serveur dans un café… ma femme a vendu ses bijoux et j’ai vendu une camionnette que j’ai héritée de mon père pour partir en Europe», a-t-il indiqué. Aziz, lui ce sont ses deux frères partis avant lui en Europe qui lui ont donné la somme de 80 millions pour «réserver» une place dans le «Tropico». Arrivé à Toulouse, il y a seulement trois semaines, il ne travaille pas encore, il est pris en charge par son grand frère: «J’ai dû attendre deux mois avant que le passeur me contacte, il y a beaucoup de demandes. Il faudrait être patient, si on voulait traverser dans des bonnes conditions». Il faut dire que pour lui, les choses étaient «simples»: «Pour moi, c’est mes frères qui ont tout organisé, avant de prendre place dans le Tropico. Mon aîné qui vit à Toulouse, a pris contact avec un passeur en Espagne, c’est un résident algérien qui vit à Almeria; il fait passer les harragas en France… Il savait déjà à quelle heure j’allais arriver, nous étions quatre à monter avec lui dans sa voiture d’Almeria à Barcelone et ensuite, nous sommes repartis avec un autre conducteur dans une voiture jusqu’à la gare de Toulouse… on a donné chacun 300 euros pour ce voyage». C’est un phénomène nouveau pour des passeurs algériens résidant en Espagne qui font traverser les harragas, accostant sur les côtes espagnoles. Au cours du mois de septembre, selon un article de la Dépêche de Toulouse, repris par le Quotidien El Khabar, huit passeurs algériens, titulaires de titre de séjour espagnol, ont été arrêtés à la frontière espagnole; ils conduisaient en convoi de harragas algériens franchement débarqués sur les côtes d’Espagne pour la somme de 300 euros.

                                                        Des harragas dans la légion étrangère
Fayçal lui est un jeune de Sidi Ali. Agé de 30 ans, il est à Toulouse depuis un an et n’a pas réussi le test pour intégrer la légion étrangère. «Un jour, j’ai vu un camion de la légion étrangère stationner pas loin du foyer où je dormais; ils recrutaient sur place; je me suis renseigné, ils m’ont dit que c’est à Aubagne, à côté de Marseille que se fait la sélection. Je me suis rendu là-bas mais l’épreuve physique était très dure».? la question, pourquoi la légion étrangère, il répondit: «…Chez eux, ils recrutent les sans papiers et ils te donnent un salaire de 1.200 euros et après trois ans, tu peux demander la nationalité française». Saïd n’est pas le seul candidat harraga ayant tenté de rejoindre les rangs de la légion étrangère: «Le jour de l’épreuve, j’ai rencontré trois harragas comme moi ; un parmi eux, originaire d’Alger, a été retenu, car il était balaise».

                                                        Les harragas et le travail au noir
Pour ceux qui ont « la chance» de trouver un travail pour l’essentiel, il s’agit du secteur du BTP, de l‘hôtellerie-restauration, de l’agriculture, de la sécurité, du nettoyage, du ménage à domicile, de la garde d’enfant mais ces emplois ne sont pas durables, seulement ponctuel, le temps d’un chantier, d’une récolte ou quelques heures par semaine, des situations qui relèvent de l’esclavage avec un salaire de misère. Les harragas comme ils sont privés de carte de séjour, travaillent avec une carte de séjour ou une pièce d’identité empruntée à un tiers, moyennant bien sûr un pourcentage sur le salaire comme les livreurs de UBER qui sous-louent des comptes pour livrer des repas.

                                                         Les harragas étudiants
Le cas des harragas étudiants se multiplie pour ceux qui ont réussi une inscription dans les rares universités qui accordent des inscriptions sous des critères seulement pédagogiques, en raison de défaut de papiers ou de visa long séjour. Leurs difficultés restent considérables: peur et stress d’interpellation, difficultés pour se loger et pour ceux qui doivent trouver un stage de fin d’étude, ils rencontrent la difficulté d’obtenir un stage car la signature d’une convention de stage est conditionnée par une pièce d’identité.

                                                          Dans les griffes des marchands de sommeil
Pour se loger, c’est tout un parcours du combattant, le manque de place dans les foyers d’hébergement d’urgence pousse les harragas à se tourner vers des propriétaires qui profitent de leur précarité pour leur louer, très cher, des logements insalubres, dévastés, sans eau, ni électricité. A Toulouse, des anciens box à chevaux, sommairement transformés en studios, avec une électricité bricolée, ont été loués à la rue Vauquelin, dans le quartier du Mirail, pour un loyer de 260 euros par mois. Au centre-ville, pour un loyer de 400 euros par mois, des harragas vivent parfois à quatre pour partager le loyer dans des caves d’immeubles sans fenêtres et sans douche dans une surface de 20 M2. Ces derniers jours, beaucoup de harragas ont sollicité les services du consulat d’Algérie à Toulouse pour avoir des laissez-passer leur permettant le retour au pays. Bien que le consulat délivre les laissez-passer, les harragas n’arrivent pas à trouver l’argent pour acheter les billets.

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