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Propos du Ministre du tourisme sur les vacances des Algériens. Une question de pouvoir d’achat

La saison estivale est bel et bien ouverte aux Algériens avec son lot de surprises et de traditions hors normes. Des Algériens qui se sont rués sur les plages en ces journées caniculaires pour respirer l’air pur et pour se dégourdir les jambes dans l’eau. Seulement et en dépit de toutes les consignes, les gangs des plages sévissent encore. La question qui taraude l’esprit des estivants est de savoir qu’il faut mettre de l’ordre dans les plages. Sur la côte ouest d’Alger, c’est le laxisme total. Insalubrité, absence d’hygiène, bruits de vas et vient incessants de vendeurs de beignets, des cris des loueurs de parasols, des familles en parfaite violation du respect des plages, des footballeurs amateurs et la liste est longue de ces dépassements qui nuisent à la sérénité de la plage et viennent se greffer quotidiennement, à ce décor macabre. «Mais voilà l’été», ne cessaient de fredonner les artistes comme pour mieux illustrer ses bienfaits. Alors qu’un million d’Algériens est attendu en Tunisie après l’ouverture des frontières le 15 de ce mois, des experts en tourisme apportent une autre lecture à ce rusch et nous dévoilent, par contre, leur impression sur le choix des Algériens pour la Tunisie et surtout sur ceux qui passent leurs vacances en Algérie, le pays aux mille facettes touristiques diverses et diversifiées et ses 1200 km de littoral. Dans ses déclarations en marge de la sortie de la 43ème promotion des étudiants tenue à l’école du Tourisme ENST à l’hôtel Aurassi à Alger le jeudi dernier, le ministre Yacine Hammadi s’est montré très optimiste concernant cette option du « rester chez soi » et visiter son pays. Pour lui, l’ouverture de la frontière algéro-tunisienne annoncée en grandes pompes n’a aucune incidence majeure ni même un effet péjoratif sur le tourisme local en Algérie. Donc, pour lui, pas d’inquiétude. Toutefois, il précise qu’en Algérie, il existe 45 millions d’habitants et non pas seulement 03 millions qui se sont rués chez le voisin pour passer leurs vacances. Selon Mohamed Bourad, le professionnel en tourisme du «Sahara consulting Tourisme», et ancien responsable de la gestion économique Touristique à l’ENST de l’hôtel Aurassi à Alger et que nous avons joint hier par téléphone, que par rapport à cette problématique, que ce ne sont pas les 45 millions d’Algériens qui pourraient partir en vacances puisque le problème se pose en termes de pouvoir d’achat et de revenus des Algériens qui, il faut le dire s’amenuisent comme une peau de chagrin. Selon cet expert, le ministre du tourisme ne sait pas que les 45 millions d’Algériens n’ont pas la possibilité tous d’aller en vacances avec un smig à hauteur uniquement 20.000 Da, équivalent à une nuitée en pc sachant que le revenu moyen des algériens ne dépasse pas les 45 000 da par mois. Pour lui, le tourisme est un luxe pour 90 % de la population en Algérie. De ce fait, le problème est, incontestablement, celui du pouvoir d’achat et d’un écart et d’une inadéquation entre revenus et accès aux services touristiques inaccessibles pour le commun des mortels. Autre fait non négligeable, précise notre interlocuteur, le chômage chronique et l’inflation sont aussi à ajouter à ce quotidien et qui sont deux facteurs impactant les franges de la population en sachant bien que les jeunes, une frange au bas de l’échelle sociale en termes de revenus, n’a pas de gros moyens pour aller en vacances et 5 millions d’algériens partaient en vacances à l’étranger soit environ moins de 10% de la population générale avant 2019. Pour ce qui est du marché local, il nous dit qu’avec une offre limitée en lits dans le balnéaire, quel est le nombre d’algériens qui vont sur la côte méditerranéenne pour une trempette et surtout à quel coût ? Cette possibilité d’accéder aux loisirs, aux voyages, aux vacances, reste réduite et n’impacte et ne touche qu’un pourcentage faible sur les 45 millions d’algériens, précise l’expert Mohamed Bourad. L’absence d’études sur le secteur en identifiant les segments de population, les CSP, les tranches d’âge, les professions, les familles, les localisations et les motivations, ni encore moins la taille du marché local et ses caractéristiques, sont pour lui, des indicateurs absents dont on ne parle jamais, ni les planificateurs ni même ni les acteurs encore moins la presse, pour comprendre l’évolution du tourisme. Pour identifier qui va en vacances, où pour quelle durée, vers quelles régions et à quel prix? autant de questions qui pourraient aider les professionnels à affiner leur stratégie et adapter leurs offres aux marchés, il faudra étudier et décortiquer l’état des lieux et agir en conséquence, conclut notre interlocuteur. Le ministre ne semble aucunement intéressé de savoir comment évolue le tourisme local en Algérie, marchés produits, rythme de départ, périodes, caractéristiques des CSP. Ni même lever les voiles sur les motivations, les tendances, les besoins, les goûts, les succès, en mettant en valeur des produits attractifs. Il faudra agir sur le pouvoir d’achat pour permettre aux franges de la population d’accéder au tourisme et aux loisirs nous confie-t-il car aujourd’hui, moins de 10% des algériens peuvent bénéficier de jours de vacances, de sorties d’escapades et des visites de longue durée, sur l’étranger ou dans son propre pays, en bord de mer, en montagnes, dans le désert. Il faudra être laborieux pour donner la chance à chaque algérien d’aller en vacances, soit pour une journée, une semaine ou un mois. Il a lancé un SOS au ministre de tutelle puisque ce rêve ne se fera que par la définition d’une stratégie nationale du tourisme et des loisirs qui permettra de redresser ou du moins de mettre en exécution une vision cohérente sur des échéances bien précises englobant tous les secteurs concernés par le développement touristique. En attendant, il va falloir revoir les indicateurs et créer une base de données sectorielle qui permettra de cartographier le secteur et son évolution et agir pour développer un tourisme accessible à tout le monde, non pas un tourisme élitiste des 5 étoiles, a affirmé non sans ambages l’expert et hôtelier Mohamed Bourad que nous avons joint, hier, par nos soins.

À propos NADIRA FOUDAD

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