Accueil » Point de Vue » Pain cher, pain jeté

Pain cher, pain jeté

         « De quoi d’autres que de pain vivent les hommes sur la terre ? » Citation

Jeter du pain en dépit de son prix cher, cela saurait s’expliquer par le fait qu’on est riche, du moins par rapport au prix de la baguette. En effet, une population qui jette le tiers du pain dans les poubelles – ou même le dixième – qu’elle achète dans l’intention de le consommer, est une population qui n’aura jamais le droit de parler du pouvoir d’achat et de la cherté de la vie. Lorsque l’on est vraiment dans une crise et dans le manque, l’on n’osera pas jeter le pain rassis, même celui de trois jours. Heureusement que le pain jeté est récupéré par les éleveurs de cheptel pour servir de complément d’aliment pour les bestiaux. Une intervention positive de leur part en vue d’atténuer la gravité du délit vis-à-vis du maître des aliments et symbole de la vie. Il y a une année de ça, un conflit s’était, rappelle-on nous, déclenché entre les pouvoirs publics et les syndicats des professionnels du pain. La cause était simple, les boulangers avaient décidé d’augmenter le prix de la baguette, jusqu’alors soutenu par l’Etat. Les pouvoirs publics comme toujours ont eu raison des boulangers, tout en acceptant quelques concessions, comme cette fameuse histoire du pain de semoule (ou appelé ainsi), façon de tromper le consommateur. Sur ce sujet, on a fermé l’œil. Cependant, la moitié des ventes de la journée sera liquidée sur cette fameuse appellation, notamment à l’approche du crépuscule avec les retardataires à la recherche du pain pour le dîner, coûte que coûte. Une baguette à dix dinars, n’est pas rentable pour le boulanger. Elle va donc être soutenue par les services de l’Etat et dont le tiers va être jeté dans les poubelles, pour bien dire (les poubelles consacrées à cet effet) …le pain concerné par cette observation vise ceux des ménages, des restaurants et des cantines publiques. Maintenant, ou bien les pouvoirs publics seront obligés de retirer leur soutien et permettre l’augmentation du prix de la baguette, afin d’imposer aux gens des comportements plus austères. Soit, ils s’efforceront à sensibiliser les citoyens sur les retombées négatives de ces comportements réfutés par les conduites inhérentes à la civilisation comme par les préceptes de la religion. Oui, effectivement, nous sommes en train de vivre un problème sérieux, au sujet de notre pain quotidien. Ce n’est pas parce que nous en manquons énormément, mais parce que nous en jetons cyniquement.

À propos Abdelkader Benabdellah

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

x

Check Also

Ghaza, la Nekba de plus

Nous sommes au 223ème jour, ...

Optimisme pour la nouvelle Algérie

Devrait-on rester optimiste quant à ...

L’eau, encore des perturbations

Dans les pays où le ...

souveraineté nationale, une ligne rouge !

“La théorie de la souveraineté ...

Le mouton de toutes les spéculations

Nous sommes, à un peu ...