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Les dérives de la contrainte sociale

L’échange de parole demeure une invention permanente de la liberté et une invitation au respect de la dignité humaine. Devant la cristallisation du fameux hirak qui a pris forme depuis presque deux ans, les reportages défilent pour faire exorciser le démon de la négation du conflit. «Le désir de se révolter sous certaine condition» pour reprendre Alain Badiou, ne pourra pas se frayer un chemin puisque la médiocratie est dominée par la rationalité instrumentale qui aseptise l’identité réflexive. Autrement dit «les chiens de garde» errent en favorisant le culte de l’actionnariat. Pour sortir de la constellation de l’archaïsme de toute une population, la réanimation du hirak devra travailler davantage la notion de changement qui apparaît de nos jours comme logorrhée verbeuse. Les forces désireuses du changement nous permettent de dire avec Alain Badiou que la signification du mot changer regorge dans son sein un verbe indéterminé; avant de proposer un changement social, il conviendrait de réfléchir déjà sur notre monde intérieur, autrement dit monde de passion et de souvenir.
Changer le monde dans une complexité philosophique entraîne une combinaison entre un évènement réel et sa conséquence. L’évènement, c’est quelque chose qui arrive dans un monde «sans être déductible de ce monde». Pour revenir au reportage diffusé sur M6, l’aspect qui a retenu notre attention, c’est l’islamisation de la modernité qui apparaît chez bon nombre de citoyens comme une émancipation. La fétichisation irrationnelle de la liberté qui est réfractaire à la subjectivité, nous permet de cogiter l’impensé de la contrainte sociale. La genèse des débats sur les questions épineuses telles que la féminité ou la liberté permettrait-elle de désamorcer l’interdit de penser qui se fige dans la nasse de la certitude d’avoir raison. Pour rentrer dans le vif du sujet, les errements « djenniques » prennent une place de premier choix dans l’élaboration d’un certain machisme qui se présente en tant que symptôme dans la crise sexuelle qui caractérise les rapports homme/femme. Malgré la profusion et l’abondance d’écrits littéraires qui essaient d’affronter ce malaise psychique, ils n’arrivent pas à endiguer cette représentation famélique qui cantonne le sujet homme /femme dans l’enlisement du discours dogmatique. Cette réorganisation des croyances qui consiste à promouvoir la subjectivité pour mieux la manager avec l’idée de l’inconscient, demeure lettre morte chez bon nombre de progressistes qui réduisent leurs discours à des spéculations indigentes; ils étalent à grands renforts leur méconnaissance de la différence du lien entre la subjectivité et l’individualité. Outre l’aspect favorisant la dénuement psychique, le raisonnement alternatif tradition/modernité ne fait qu’accentuer la conception d’une société entrouverte qui donne naissance à une forme de schizophrénie ambiante, en ignorant la fonctionnalité de l’inconscient prolétaire qui n’arrête pas de travailler la structure de l’être parlant. En effet, devant l’impensé d’un progressisme frelaté, se solidifie le charlatanisme trouvant son aise dans la perpétuation des ravages de l’interdit qui développe une frustration tant individuelle que sociale, étant donné que la structure de l’inconscient se met sous les auspices du langage, pour paraphraser Lacan « ça parle malgré moi ». Faire intervenir la subjectivité dans ce milieu contraint, nécessite de faire appel à la structure surmoïque qui se réactive devant chaque événement semblant susciter une forme de transgression de l’ordre établi. Il est clair de voir que dans le fantasme des « djinns » se joint la force du mythe; cette conception ne fait qu’aggraver l’aliénation sociale par le biais des impératifs éducatifs, parentaux, scolaires et sociaux. Cette situation nous rappelle l’analyse freudienne sur l’impossibilité d’éduquer, de gouverner et d’analyser. Ce charlatanisme qui «pathologise» le lien social, trouve un ultime recours dans le verbiage religieux faisant valoir » l’ignorance sacrée  » qui copule avec le refus de la féminité et le tabou de la sexualité. Enfin, cette conception mortifère de la «psychotisation» de la réalité sociale nous appelle constamment à la rescousse afin de bousculer nos méninges et produire un travail pour le moins cohérent et ainsi affronter l’abîme qui asservit l’imaginaire.

À propos Adnan M.

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