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Le Raï en questions

Le Raï, inscrit au patrimoine immatériel mondial de l’UNESCO. Qui l’aurait cru, il y a à peine quelques années, lorsque notre défunt ami El Hadj Miliani se battait pour qu’on accorde à ce genre musical une simple reconnaissance de fait à étudier, à pénétrer le champ de la recherche ? Un phénomène né dans les entrailles de la société, là où les autorités officielles hésitent à rentrer sinon clandestinement par fausse moralité, là où ça fait mal. Tout simplement parce que le Raï parle d’amour, de souffrance, de «harga» et qu’une société qui s’est fermée sur elle-même hésite à tendre l’oreille à une jeunesse de plus en plus précarisée par le chômage et la pauvreté. Rejeté collectivement mais admis individuellement, le Raï a forcé les portes des familles, des institutions et il a fallu attendre la reconnaissance de l’UNSECO pour que les langues se délient et qu’apparaissent des pseudos défenseurs d’une musique souvent apparentée au Blues pour faire bien, par manque d’imagination décolonisée. Le Raï, c’est la cassette qu’on peut trimbaler dans la poche et poser dans un poste-radio pour la partager avec des copains le moment venu dans un coin de sa ville ou de son village voire même dans une caserne, dans une fête. Mais Feu Hadj Miliani a trouvé dans le Raï un prétexte pour diriger le regard des chercheurs et des autorités sur l’ensemble du patrimoine matériel et immatériel dont l’Algérie devrait s’enorgueillir au lieu d’en avoir honte. Il nous a poussés à observer minutieusement les trésors dont recèle le pays de par son Histoire faite de femmes et d’hommes qui ont résisté aux occupants et dont l’existence a été occultée par idéologie forcée. A travers le Raï, il reste encore de nombreuses questions posées et pas des moindres pour rétablir les liens entre les générations, pour que leur génie trouve les voies de son expression.

À propos Ahmed Saifi Benziane

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