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Le Carrefour de Mostaganem

Foncier. Le cachet de la ville défiguré par les spéculateurs

Par Charef Kassous

Mostaganem, ces dix dernières années, a développé un urbanisme inadapté bouleversant le cachet d’une ville méditerranéenne. Une ville qui a perdu ses repères car bradée par une agitation affluente de projets immobiliers. Des comportements dans la construction de logements promotionnels qui ont surpassé l’application des instruments urbanistiques régimentaires. L’investissement, surtout, dans la construction du logement promotionnel est devenu un créneau porteur. Par conséquent, la demande du foncier s’est élevée jusqu’à épuiser le parc. Les assiettes foncières dans certains quartiers potentiellement habitables sont rarissimes donc très coûteuses. C’est ainsi que les promoteurs se sont tournés sur l’achat de vieilles maisons pour être utilisées comme poches foncières pouvant accueillir leurs projets immobiliers. Des bâtiments à plusieurs étages s’érigent un peu partout sur le tissu urbain de la ville de Mostaganem. C’est bien, c’est même parfait de contribuer à rendre disponible le logement, c’est aussi bien de pousser la construction afin de créer des emplois mais le faire au détriment de l’image urbanistique de Mostaganem c’est quand même embarrassant.
L’embarras c’est d’abord l’inapplication de la loi dans l’octroi de permis de construire et le non-respect des plans d’occupation des sols à travers le périmètre urbain. L’inadaptation des projets par rapport à l’aspect architectural de la ville et par rapport au patrimoine immobilier existant. Avec ces constructions abusives l’âme de la ville méridionale s’est envolée. A Mostaganem, on est venu avec des tours pour perturber un mode de vie, celui des anciens quartiers. On a érigé des tours dans des cités pavillonnaires sans respect du vis-à-vis. On a concédé des permis de construire là où il ne fallait pas. Avec ces projets la culture du partage de l’espace est ignorée. On est venu, par le truchement d’instruments d’urbanisme obsolètes déranger tout l’environnement. Les spéculateurs du foncier ont pris le dessus sur une ville qui se défigure. La course au trésor, l’immoralité, le clientélisme a faussé tout l’urbanisme d’une ville qui perd son cachet de jour en jour. Il est désolant de constater que des constructions, non conformes à la loi ni aux successives instructions, continuent de pousser à Mostaganem bradant les interdits du code d’urbanisme. On construit sans règles ni respect du recul ni de l’emprise du sol, ni les normes de trottoirs, ni le vis- à -vis avec la bénédiction d’une administration consentante. Nous citerons au passage le nouveau 15ème sur la route d’Oran venu titiller l’ancien 15ème sans alignement. Des bâtiments R+9 dans les cités comme la cité Auschers, au plateau marine, sur la façade maritime, à pépinière pour dégrader des quartiers ancestraux au mode de vie paisible.

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Tigditt. «SouikaTahtanya» la féérique

Par: Mansour Benchehida

Mostaganem ne s’est pas totalement relevée de la catastrophe de 1927. Cette inondation a défiguré la ville, cassé son équilibre et anéantie certains endroits comme la Souiqa tahtania. On l’appelait ainsi car elle était la pendante de la Souiqa fougania. Les deux places structuraient Tigditt, un espace initialement indépendant de la ville. Souika, le petit souk, le petit marché, existe en version haute et en version basse. De nos jours, tout Mostaganem connaît Souiqa fougania mais ignore la Tahtania. Or c’est souika la basse qui est féerique, c’est elle qui a fait le Mostaganem des aïeux. Située en contrebas par rapport à la place de Tigditt et sous les remparts de Tobbana, elle longe directement une partie de l’oued qui a fait son malheur. De nos jours, on ne la connaît que sous son aspect actuel, misérable, désert, une mosquée quasi abandonnée, deux minuscules boutiques vides, deux cafés fermés et en ruine, un bain maure abandonné et un pont délabré. Mais avant la funeste nuit de septembre 1927, elle était le centre culturel et artistique de la ville, elle était le lieu des affaires. Aux alentours de la mosquée, des citadins qui habitaient El Maksar, se rencontraient dans des cafés traditionnels. Au-delà du pont, c’est le côté des européens. En plus des minoteries qui longeaient l’oued, il y avait des bistrots aux terrasses enguirlandées, fleuries, aux soirées pleines de lumières, de musiques, de bals dansants. Bref, les lieux étaient bien divisés par le pont qui existe encore. Deux communautés distinctes à qui il arrivait de commercer sans jamais se mélanger. Il y avait le café de Hadj Menouer avec ses tables ornées de pots d’un hbeq, basilic, si odorant qu’il nous laissait trace sur les vêtements. Juste à côté des tables façon moderne, il y avait la terrasse à la manière de chez nous, avec nattes et tapis sur lesquels les consommateurs s’allongeaient à demi et discutaient comme sous les tentes. Il y avait également el hamara, le portique à trois troncs d’arbres pour supporter la guerba, l’outre qui donne une eau délicieuse parce que parfumé au qtrane, huile de cade. A gauche de ce coin de paradis, un petit jardin aménagé avec le plus grand soin où se côtoient fleurs du pays, grappes de raisin ârich qui pendent des charmilles et figues noires d’Andalousie. En face c’était le café de Miloud Bel Oud tout aussi agréable avec des ornements de Mascara, ville natale du patron. A côté, deux ou trois autres cafés du même genre, des cafés où il faisait bon vivre. Après hammam Essbaa et hammam el ghar, après le pont, commençaient des guinguettes chatoyantes et colorées où les roumis venaient et passaient des après-midis et des soirées avec épouses et enfants au son de leurs musiques. Les guirlandes, les tonneaux, les fanions, un occident serein et lascif comme chez nous. Ces établissements s’alignaient les uns collés aux autres jusqu’au plateau qui surplombe le port. Ain Sefra alors, semblait un oued aussi tranquille que les consommateurs, il ajoutait à la fraîcheur de l’endroit et au charme de souika la basse. Calme trompeur qui en une nuit noire, sourde et apocalyptique emporta une partie de la ville et de ses habitants. Une nuit sans la moindre clarté, une nuit liquide, visqueuse et angoissante, une nuit de mort, le 26 septembre 1927.

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Après l’inondation de 30 novembre 1917. Les cascades de Oued Ain Sefra

Par Mohammed Krelifa

Après l’inondation de 30 novembre 1917, la troisième dans son genre, les ingénieurs de l’époque devaient réaliser des ouvrages de manière à contenir d’éventuelles crues qui pourraient engendrer à l’avenir des catastrophes similaires. Il y eut donc la réalisation des cascades pour freiner la vitesse des eaux. 5 cascades qui faisaient également des fonctions d’oxygénation des eaux afin de se déverser à l’embouchure du port moins chargée de pollutions. Ces cascades d’une vingtaine de mètres de hauteur chacune qui dévalaient avec fougue par paliers successifs, faisant découvrir les trois ponts comme de véritables fenêtres ouvertes vers le ciel qui offraient d’inoubliables torrents d’émotions. Au cœur de cette « savane » humide une foule d’insectes vivaient également. De par cette abondance, et de son rôle dans le transport des éléments organiques et minéraux vers la mer, l’eau, selon les spécialistes, est à la base des richesse des écosystèmes d’eau douce.. Ces cours d’eau qui venaient des drains des communes de Ain Tédelès, Sayada, Kheir Eddine. L’aval des bassins versants correspondaient aux différentes zones où activaient des artisans de tissages des roseaux pour le bâtiment, de l’horticulture, une minoterie fonctionnant avec la force du torrent. L’oued était notre fierté de par son abondance, on sentait la fraîcheur vivifiante et exubérante. Etonnant ce château d’eau de cet oued: les pluies abondantes qui arrosent tout au long de l’année. Qu’en est-il aujourd’hui dans la partie non réalisée et laissée pour compte car le projet semble tomber dans les oubliettes. L’eau de pluie offerte de par la clémence du Seigneur tout puissant ainsi qu’un florilège de sources sont polluées tout le long de l’oued, il fût terrassé sur 1.5 kms de long malgré les contestations de la société civile et les associations, drainant tous les détritus émanant du marché informel, provoquant irrémédiablement l’altération des peuplements aquatiques, les riverains qui continuent à jeter leurs ordures ménagères à partir de leurs appartement vers l’oued, des peuplements de rongeurs, des eaux usés des riverains qui déversent, au final toute cette eau très chargée de pollutions aggravant l’embouchure du port du fait que tout se déverse vers elle. On a même observé des petits métiers qui pêchaient dans cet environnement. Heureusement qu’un projet portant sur l’aménagement de l’oued Aîn Sefra consolidé avec la réalisation des canalisations des eaux usées vers la station d’épuration, ce projet d’aménagement a pour effet d’améliorer le site et donner une valeur ajoutée au tourisme. Les citoyens attendent sa phase d’achèvement. Car une grande partie de l’oued, celle qui est encore terrassée, devra intégrer le projet. Cet aménagement va nous offrir à l’intérieur des berges, des paysages magnifiques, uniques et surtout incontournables de détente et de loisirs. Les élus APC/APW ont tout intérêt à relancer ce projet, l’inscrire en priorité de par son caractère structurant.

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