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«L’année de l’oignon»

Autrefois nos ancêtres, quand il y avait un événement qui se manifestait de façon à en devenir leur préoccupation majeure, ils prénommaient cette année par cet événement: par exemple «aam el boun» : «l’année du bon» où l’on servait les vivres aux Algériens par le moyen des bons de livraison, à cause des pénuries causées par la guerre. Il y avait aussi «aam el djerad» : l’année des criquets où des grandes quantités de criquets avaient envahi le pays, causant des pertes énormes dans l’agriculture. Donc, ces événements ancestraux m’avaient donné l’idée d’appeler le 2023, l’année de l’oignon.
Pourquoi? Parce que cette herbacée, considérée à la fois comme un légume et comme un condiment, est devenue si rare et si cher et par conséquent, si demandée. L’oignon était la moins chère sur les étalages par rapport au reste des légumes et des fruits, au point où, pour insulter et dégrader quelqu’un, l’on disait qu’il ne vaut pas un oignon. Passons maintenant aux choses sérieuses! Pourquoi est-on arrivé à cette situation? Toutes les analyses avaient convergé sur une unique explication: d’abord les agriculteurs avaient renoncé pour cette saison à la culture de l’oignon, à cause des pertes énormes subies aux cours de la saison dernière…
Il y avait, paraît-il, un sérieux problème de liquidation d’une surproduction de cette matière qui s’était avérée qu’elle était indispensable pour la bonne marche de la cuisine. C’est normal, un fellah est là pour produire et alimenter le marché par des denrées nécessaires. Et, en même temps, ce fellah aura besoin d’être soutenu par les services concernés de l’Etat, en cas de chute des prix, en cas d’un désagrément climatique ! Ensuite, les spéculateurs entrent en scène, les propriétaires des aires frigorifiques qui vont profiter, afin de rendre la crise plus aigue, vont laisser une occasion qui n’est pas susceptible de se répéter. Ainsi, ils ont enfermé le peu de production de cette saison, disponible sur le marché du gros ou chez les agriculteurs, dans le but de la livrer au compte-gouttes, avec des prix ayant frôlé la folie. Personne n’aurait un jour pensé que l’oignon pourrait atteindre le prix jamais imaginé de 300 DA le kg.
Et pourtant, cela paraît invraisemblable, mais finalement, c’est vrai. La crise de l’oignon aussi insignifiante qu’elle puisse paraître, elle révèle, toutefois, des vérités insoupçonnées dont la plus choquante laisserait penser que le secteur de l’agriculture n’a pas échappé au désordre qui caractérise l’économie en général. La solution est la mise sur pied des coopératives publiques dont la mission consisterait à absorber les surproductions et éviter les pertes aux fellahs.

À propos Abdelkader Benabdellah

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