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La poésie: le dire du corps psychique

La rencontre du samedi 13 mai au local de Bel Horizon avait pour thème «l’écriture : la thérapeutique de la subjectivité», l’odyssée déclamée par Lahouari Mamer a su convoquer la tonalité du désir. De fait, la fertilisation croisée entre le désir et la liberté ne doit pas se figer dans l’abat- jour de la transgression, il ne sera plus question d’éteindre la lumière pour faire parler l’hédonisme. Il va sans dire que l’écriture comme devoir réactualisé, magnifie notre rapport avec l’altérité qui dialectise la division du sujet en l’apparentant au défaut du rapport sexuel que l’organique ne peut réparer. A cette question, il faudrait admettre que des oreilles sont peu enclines à entendre le sexuel qui se démarque de son seul déterminisme biologique. La résurgence du symptôme subjectif nous a permis de faire la différence entre le symptôme subjectif et l’organique, pour le dire dans les termes du psychanalyste Pommier. De fait, la parole productive et inventive n’est pas dans le cerveau qui est juste un instrument. Le dire subjectif n’est pas anodin puisque le sujet refoule l’aliénation symbolique, la famille, le système éducatif, la morale et toutes les institutions qui sont au service de l’éradication du sujet. A notre sens, la parole comme l’écriture se cristallise dans des motivations conscientes et inconscientes, ce qui permet au sujet parlant de produire un discours à son insu puisque le sujet de l’inconscient est présent pour vitaliser la rationalité psychique. Lors du débat, le poète Lahouari Mamer, à travers ses différents textes poétiques, a fertilisé l’hymne du désir qui prend son essor dans le conatus de Spinoza et permet de faire le distinguo entre le besoin et désir. La fonctionnalité de ce dernier qui ne s’arrête jamais est comme la subjectivité inhérente à l’existence humaine. En effet, donner libre cours à son épanchement romanesque ou poétique mettra en avant le cycle du désir, «éternellement recommencé», pour tout ce qui semble jalonner l’existence subjective. L’écriture dans son ensemble est semblable à une encre psychique qui aura pour rôle de vitaliser la dimension dionysiaque de la créativité et faire advenir selon le vocable nietzschéen la dimension du chaos. Dans l’optique foucaldienne, je dirai que la mise en évidence du processus de subjectivation permettra de consolider le savoir de l’homme pour se connaître lui-même d’où le cruel combat de la maïeutique socratique de te «connaitre- toi-même». En effet, devant le dire conceptuel qui constitue un modèle de rigueur mettant en exergue la science imprédicative qui refuse de forclore l’inconscient, la question serait de faire travailler le concept ou même la thérapeutique de la subjectivité. Pour éviter que l’arsenal thérapeutique ne soit étalé comme une tarte à la crème, je cite à titre d’exemple l’inconscient collectif qu’on sert à toutes les sauces. Ce type de quincaillerie thérapeutique met en avant le développement personnel qui se complait dans un processus de désubjectivation pour méconnaitre la différence entre individualité et singularité. Si l’exigence de l’écriture aborde la question du corps social, il ne faut pas qu’il y ait un dessaisissement de la machine subjective sous prétexte que c’est juste un jeu de mots pour des lendemains qui chantent. Dans ce sens, je termine mon intervention par le vocable lacanien qui consiste à dire: « Le collectif n’est rien, que le sujet de l’individuel ». Si le psychanalyste Lacan utilise «rien, ce n’est pas pour faire beau, mais pour signifier que le rien opère et n’est pas équivalent au néant». C’est un rien actif qui n’est pas saisissable immédiatement mais qui opère en engendrant des constructions qui le concrétisent et le matérialisent, au risque «de le refouler et de le faire oublier». Enfin, le cri poétique fera bon couple avec l’ébullition de l’intériorité.

À propos Adnan H.

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