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La pièce théâtrale « El Azeb hey el Mordjan». L’insaisissable parole des couples

La théâtralité façonne l’imaginaire des peuples, la perduration de la parole dramaturgique persiste à être productrice de l’image mentale de la société, dans laquelle l’interprétation de la comédie vise à remettre en cause le symptôme d’une crise qui précarise le sujet tout en délitant le lien social.

Depuis quelques jours, la pièce théâtrale «El Azeb», tiré du roman de la poétesse Rabiaa Djelti, produite sur scène par le réalisateur, s’évertue sous l’angle de l’altérité qui magnifie un tant soit peu une parole libre exempte de domination.
L’aliénation du culte du silence pervertit l’existence subjective et perpétue les ravages de la crise multidimensionnelle. Avant de baliser la machine signifiante de la conflictualité psychique du lien social, il serait judicieux de parler de la mise en scène des comédiens qui est époustouflante, le public en est sorti subjugué. Le jeu des comédiens permet de réarticuler la signifiance de «lalangue» pour être dans une dimension créatrice chez le sujet parlant. Pour discuter la pièce, il n’est pas surprenant de voir que la constitution de couples autonomes ressemble au siroco dévastateur en Algérie, la quintessence de l’abîme sépare plus qu’elle ne rassemble; la poudre de l’édification d’un « je » relégué aux sentiers d’une «grammaire amorphe» continue à baigner le milieu social dans le musellement de la subjectivité. Le jeu amusant de Zoubir instituteur et Sakina responsable de cantine révolutionne assez bien l’idée de conservation de la misogynie quant aux travaux domestiques.
Tout ce qui perturbe le schéma routinier est source de frayeur. L’interprétation vise donc à remettre en selle un dire depuis un mi transgression sans se départir de l’éternisation affective de l’image de la mère chez le comédien Zoubir. La pièce théâtrale plonge le citoyen dans les méandres de « la société entrouverte », ce qui laisse apparaître deux logiques antagonistes le bâillonnement de l’individualité et l’invention de soi. Le bâillonnement de la liberté individuelle qui plonge le lien social dans « le mi citoyen mi sujet reflète l’inexistence de la société civile. La clarté éblouissante de la maturation psychique liée à la lutte pour une décolonisation assumée me permet de poursuivre mes questionnements sur l’idée complexe d’œdipe.
Dans la formation du couple, chaque citoyen devra se libérer de ses parents ; à cet effet, le rapport sexuel aura pour mission de consolider la sortie œdipienne. Le nœud de l’action théâtrale dans la pièce «El Azeb» met en exergue le corps psychique qui s’organise pour fonder sa raison d’être et sa subjectivité. La structure subjective de la pièce renvoie au sujet et à l’inconscient, l’action œdipienne est présente partout du fait qu’elle est insaisissable immédiatement. Elle est liée à la question fondamentale de l’interdit qui rend compte de la structure subjective, en posant la question des rapports de l’interdit avec l’impossibilité, la possibilité et la nécessité.
Ce sont des questions qui ont aussi intéressé Aristote, Spinoza et bien d’autres. L’ordre symbolique signe la fin du réalisme objectif de type animalier et met tous les êtres parlants devant la nécessité de passer par des médiations et des métaphores pour expliciter ce qu’ils veulent exprimer.
Et malgré toutes les médiations et les biais utilisés, il n’y a aucune garantie sur la suppression des malentendus. La pièce d’« El Azab » permet de féconder l’agir subjectif et nous libère des sornettes psychologiques, « dégoulinantes » d’humanisme et de références à la « liberté «et par voie de conséquence, sur la psychologisation de l’œdipe. Pour LACAN, la sexualité se traduit toujours par un défaut qui fait obstacle à la complémentarité et à «l’unification des sexes», qu’il soit masculin, féminin, ou tout autre.
La subjectivité est fondée sur «une division interne» qui ne connaît aucune suture, qu’elle soit religieuse, idéologique ou scientifique. Cette division qui se renouvelle sans cesse, anime l’existence et la protège, jusqu’à la mort. Cela dit, malgré le caractère hilarant de la pièce, le citoyen se cantonne à la régurgitation morose de l’interdit qui dévitalise l’imaginaire social. Devant les comportements archaïques et réactifs dans le paysage social algérien, des forces destructrices du repli sur soi-même et de l’inhibition forment une effrayante menace d’apocalypse qui encourage le processus mortifère du rejet de l’autre laissant place au désespoir.
Le bégaiement de la pensée institue l’interdit de penser et les représentations hégémoniques reprennent le dessus en éteignant tout désir d’émancipation. A travers l’interdit refoulé, se rattachent continuellement les vicissitudes de notre existence physique et psychique. Le sujet devient inhibé et remet en cause de façon certaine une satisfaction désintéressée de la réciprocité appelant à grand renfort le désir d’être infantilisé en se soumettant à la logique de l’affection. La constitution psychique du changement se fige dans «l’impuissancialisme» et les «apparatchiks du progressisme» apportent une sécurité narcissique à leur propre existence, tout en nourrissant agréablement leur paranoïa.
Enfin, l’esprit critique devra limiter les dégâts du confort intellectuel qui trouve ses aises dans la vulgarisation de la pensée, ce vernis progressiste n’est qu’une camelote idéologique. Enfin, comme le savoir de la dramaturgie s’inscrit dans la contingence, la liberté ne sera pas le repli affectif qui favorise la chosification.

À propos Adnan H.

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