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La France refuse de remettre les cartes topographiques des déchets nucléaires en Algérie. Le double jeu de Macron!

La France officielle, fidèle à ses traditions, joue un double jeu concernant le dossier des essais nucléaires réalisés dans ses anciennes colonies. En effet, avant son déplacement, le 25 juillet prochain en Polynésie, le président Emmanuel Macron a convoqué une table ronde les 1er et 2 juillet dernier « pour évoquer la reconnaissance des souffrances et les réparations des essais nucléaires français en Polynésie ». Après Emmanuel Macron, trois ministres se sont engagés, dans leurs domaines respectifs de la santé, des armées et de l’outre-mer, à la vérité et à la justice, au terme de deux jours d’une table ronde sur les conséquences des 193 essais nucléaires exécutés en Polynésie française. Ainsi, les ministres Geneviève Darrieussecq, Olivier Véran et Sébastien Lecornu « se sont engagés à la vérité et à la justice concernant les essais nucléaires réalisés en Polynésie française entre 1966 et 1996 ». Au ministère français de la Justice, une délégation polynésienne et les ministres de la Défense, de la Santé et de l’Outre-mer, se sont réunis, jeudi dernier, pour définir les conséquences des essais nucléaires qui ont eu lieu en Polynésie dont le premier avait eu lieu le 2 juillet 1966, une décision vantée à l’époque par le général Charles de Gaulle. «Emmanuel Macron a confirmé ce que nous attendions depuis un certain temps : nous sommes là pour discuter vrai, parce que nous voulons être transparents et nous voulons tout dire ce qui s’est passé en Polynésie française pendant 30 ans, avec ces essais nucléaires », a assuré le président de la Polynésie, Edouard Fritch qui s’est réjoui des avancées proposées par le Président français. « J’ai ressenti chez le Président une vraie volonté de tourner cette page douloureuse pour nous tous avec les moyens qui doivent être mis en place demain, pour que les Polynésiens reconstruisent cette confiance que nous avons toujours eue avec la France, et c’est un signe fort qu’il a envoyé », a-t-il déclaré en substance. « Le Président de la République a confirmé l’ouverture totale des archives à la Polynésie française, mises à part naturellement les archives portant sur des informations proliférantes », c’est-à-dire les informations qui permettraient à d’autres pays d’obtenir l’arme nucléaire, a insisté Edouard Fritch qui aurait également obtenu gain de cause sur « la présence d’un spécialiste de la Polynésie dans le comité chargé du toilettage de ces archives».

Lors de cette rencontre, Emmanuel Macron s’est engagé également à « ce qu’il y ait une feuille de route qui soit déterminée le plus rapidement », elle sera annoncée lors de son déplacement en Polynésie française, du 25 au 28 juillet, a-t-on appris de sources sûres. Pendant que Macron multiplie les gestes de bonne volonté envers la Polynésie Française concernant le dossier des essais nucléaires, pour évidemment des considérations électorales, son Etat refuse de remettre à l’Algérie les cartes topographiques qui permettent de déterminer les lieux d’enfouissement des déchets polluants, radioactifs ou chimiques non découverts à ce jour. C’est ce que vient d’affirmer le ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, Tayeb Zitouni, à l’agence officielle, à propos de ce dossier. Répondant à une question sur la demande par le Président Tebboune à la France de nettoyer les sites des explosions et le traitement des victimes, loin des indemnisations, le ministre des Moudjahidine et Ayants droit a affirmé que la partie française « refuse de remettre les cartes topographiques qui permettent de déterminer les lieux d’enfouissement des déchets polluants, radioactifs ou chimiques non découverts à ce jour», a-t-il déclaré. Le ministre des Moudjahidine et des Ayants droit est catégorique sur ce dossier: «La partie française n’a mené techniquement aucune initiative, en vue de dépolluer les sites et la France n’a fait aucun acte humanitaire en vue de dédommager les victimes ». Les explosions nucléaires dans le désert du Sahara sont « d’irréfutables preuves des crimes perpétrés dont les radiations continuent d’affecter l’homme et l’environnement », a-t-il poursuivi, mettant en exergue que l’Algérie « prend en compte, dans le traitement de ce dossier, l’intérêt national suprême, au service des générations ». Pour le ministre, ce dossier est « le plus sensible de ceux de la mémoire qui font l’objet de consultations au sein des commissions compétentes, ce qui nécessite des mesures pratiques urgentes et un règlement et un débat autour de ce dossier en toute objectivité ». Avec la parution du décret exécutif portant création de l’Agence de réhabilitation des anciens sites d’essais nucléaires et d’explosions nucléaires français dans le Sud algérien, ajoute M. Zitouni, l’Algérie « aura renouvelé son engagement permanent en matière d’interdiction des armes nucléaires, en tant qu’acteur actif sur la scène diplomatique internationale ainsi que ses efforts visant à empêcher la prolifération des armes nucléaires dans le monde ». S’agissant de l’indemnisation des victimes d’explosions nucléaires, le même responsable a précisé que les conditions « rédhibitoires » prévues dans la loi Morin du 5 juillet 2010 n’avaient permis aux Algériens de bénéficier d’aucune indemnisation jusqu’à ce jour, malgré le fait que ces essais nucléaires français constituent une catastrophe environnementale et humanitaire qui, après 55 ans, causent des maladies cancéreuses et des malformations physiques. Il a également réaffirmé que les autorités françaises « insistent encore sur le fait de traiter le dossier des essais nucléaires dans le plus grand secret, en dépit des nombreuses tentatives de juristes et d’associations de victimes des essais nucléaires français en Algérie, qui ont œuvré à ouvrir l’archive, propriété des deux pays, au moins pour déterminer les sites et le champ d’essais ». Cette démarche permettra, selon le ministre, de prendre les mesures de prévention nécessaires pour la protection de l’environnement et de la population, par crainte d’une exposition aux rayonnements résiduels dans des zones qui connaissent une augmentation en termes de nombre des cancéreux, tous types confondus, et de malformations congénitales et d’autres manifestations pathologiques troublantes ». Il convient de rappeler que «Gerboise bleue», nom de code de l’essai nucléaire destiné à tester la première arme nucléaire de la France, a eu lieu le 13 février 1960 à 7h04 (heure locale) dans la région de Reggane, alors département français du Sahara, durant la guerre d’Algérie. Au total, 17 essais nucléaires aériens et souterrains ont été effectués par la France, entre février 1960 et février 1967, dans la région de Reggane et dans les cavités du massif du Hoggar. Le 13 février 1960 à 07h04, la première bombe nucléaire française dénommée « Gerboise bleue » est mise à feu sur le site nucléaire de Reggane. D’une puissance de 70 kilotonnes, soit trois ou quatre fois plus puissante que celle larguée par les Américains sur Hiroshima, la bombe a eu des retombées radioactives plus longues que prévues. Un rapport annuel du Commissariat français à l’énergie atomique (CEA) de 1960 révèle l’existence d’une zone contaminée de 150 km de long environ. Un document sur les retombées réelles de cette explosion, classé secret défense et déclassifié en avril 2013, montre l’immensité des zones touchées et ce, jusqu’en Afrique subsaharienne, en Afrique centrale et même en Afrique de l’Ouest. Le nuage radioactif a atteint également les côtes méditerranéennes de l’Espagne et la Sicile (Italie). Des taux de radioactivité différents suivant le déplacement des particules de poussière. Après « Gerboise bleue », trois autres essais nucléaires atmosphériques ont été effectués à Reggane entre avril 1960 et avril 1961: « Gerboise blanche », le 1er avril 1960, « Gerboise rouge », le 27 décembre 1960, « Gerboise verte », le 25 avril 1961… «L’ampleur des retombées radioactives a contraint la France à abandonner les expérimentations aériennes au profit d’essais souterrains. Pour ses nouvelles expérimentations, la France a choisi un site dans le Hoggar, près de In Ekker, à quelque 150 kilomètres au nord de Tamanrasset», écrivent beaucoup d’historiens sur ce dossier. De novembre 1961 à février 1966, il sera procédé à treize tirs dans des galeries creusées horizontalement dans la montagne. Le 7 novembre 1961, la France a effectué son premier essai nucléaire souterrain (Agate), s’en est suivi ensuite le deuxième réalisé le 1er mai 1962. Lors de ces essais, «un nuage radioactif s’échappe de la galerie de tir. C’est l’accident de Béryl, du nom de code de l’essai», note encore le rapport classé secret défense qui révèle que « onze autres tirs en galerie ont été effectués jusqu’à février 1966, dont trois n’ont pas été totalement contenus ou confinés (Améthyste, Rubis, Jade)». En décembre 1997, un rapport du Sénat français révèle qu’«après des années d’expériences diverses, les deux sites de Reggane et d’In Ekker ont été remis à l’Algérie sans qu’aucune modalité de contrôle et de suivi de la radioactivité n’ait été prévue », emboîtant le pas au rapport de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), qui indiquait que « dès le début des expérimentations nucléaires, la France a pratiqué une politique d’enfouissement de tous les déchets sous les sables ». Tout ce qui était susceptible d’avoir été contaminé par la radioactivité – avions, chars, et tout autre matériel – a donc été enterré ». Pire encore, « des matières radioactives (sables vitrifiés, roche et lave contaminées) ont été laissées à l’air libre, exposant ainsi la population et l’environnement à des dangers certains », a-t-elle déploré. Selon l’ICAN, la France n’a jamais dévoilé où étaient enterrés ces déchets, ni leur quantité. Le 5 janvier 2010, le Parlement français a adopté une loi relative à la reconnaissance et à l’indemnisation des victimes des essais ou accidents nucléaires, dite Loi Morin et ce, après une dizaine d’années d’actions menées par les associations de victimes des essais nucléaires français en Algérie et en Polynésie. En application de la loi Morin, une procédure d’indemnisation est mise en place pour les personnes atteintes de maladies cancéreuses considérées comme radio-induites par les études scientifiques de référence (ONU) et résultant d’une exposition à des rayonnements ionisants. Au total, 1.598 dossiers ont été, entre le 5 janvier 2010 et le 31 décembre 2019, enregistrés par le CIVEN, révèle une étude publiée par l’ICAN en juillet 2020. «Seulement 49 dossiers proviennent de populations résidant en Algérie au moment des essais», a-t-on appris de sources proches du dossier. «Si 75 propositions d’offre d’indemnisation ont été faites auprès de victimes civiles et militaires ayant séjourné en Algérie, durant la période des essais, une seule victime « habitant en Algérie » a reçu une indemnisation en près de 10 ans », regrette la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN). En somme, la France officielle traite avec deux poids deux mesures le dossier de la mémoire et ses retombées en Algérie. Macron cède sur le dossier du nucléaire en Polynésie, à moins d’une année de la présidentielle française et commande un rapport sur mesure pour Benjamin Stora pour «réconcilier les mémoires autour de la colonisation et la guerre en Algérie». Un rapport qui s’adresse beaucoup plus à la France qu’à l’Algérie et ce, pour des raisons évidentes électorales. Décidément, à lire le rapport Stora, Macron qui compte se représenter pour sa propre succession aux élections françaises prochaines, drague l’électorat de l’extrême droite concernant les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie. Un rapport qui reprend parfaitement les positions de l’extrême droite sur notamment les questions des Harkis et les lobbys des nostalgiques de l’Algérie Française.

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