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Intellectuel, professeur et chercheur, Hadj Miliani nous quitte à l’âge de 70 ans. Un homme sans chichi…

«La littérature est une affaire sérieuse pour un pays, elle est, au bout du compte, son visage».      Louis Aragon

Devant l’effleurement fatidique de la mort, les paupières douloureuses de la disparition d’un personnage tel que Hadj Miliani, ne devront pas nous laisser sombrer dans le frémissement de la délectation morose de la perte. La chapelle ardente du devoir de reconnaissance nous permettra de nous affranchir du joug de la tristesse pour soulever «les chemins d’espérance» mûris dans l’œil «rincé» de l’engagement qui enracine l’éthique humanisante dans l’extase sublimé du savoir éclectique. De son vivant, l’enseignant-chercheur n’a cessé de renifler l’air respirable de l’émancipation, d’encourager les jeunes à aller de l’avant, en promouvant une impulsion dynamique de transcendance de l’être. Pour Miliani, la rigueur et la réflexion doivent faire bon ménage pour faire vaciller la léthargie, en bousculant les ténèbres de la vacuité des sens. Le travail de réflexion est la voie royale qui mène vers la quintessence des idées, voilà un idéal vers lequel convergeait l’esprit de l’enseignant. La place de la parole de Hadj Miliani dans les débats publics. La discussion dégage des effluves de résilience, l’art de la critique fertilise l’harmonie des mots faisant clignoter une lumière vespérale sur le devenir psychique de chaque lecteur. De ce fait, la littérature chez Miliani s’intéresse à la trame narrative, car elle est le meilleur moyen de saisir l’intuition romanesque, associée à l’esthétique du verbe mélodieux. La hardiesse imaginative de l’enseignant a la capacité d’impressionner nos sens, notre vécu… La publication des romans ne cesse de receler des trésors de réminiscences, voire de compréhensions sociologiques sur le vécu social des individus, nous martela-t-il. En un mot, au-delà de l’écriture qui peut être un purgatoire d’évasion, une forme cathartique. Le renouvellement de l’acte d’écriture suivi de la narration exige plus d’efforts et d’énergie que la perpétuation de la richesse acquise. L’intelligence esthétique de l’art de l’écriture se structure comme un langage qui met en avant la recherche du sens. Le grand romantisme littéraire est celui qui valorise l‘esprit du temps, il est indispensable de valoriser «l’éthos» qui met en valeur le lien social d’une société.

                    Problématique du champ littéraire dans la vision de Hadj Miliani

Selon l’enseignant, le romantisme d’idées et l’écriture deviennent un genre noble qui essaie d’associer imagination et entendement, sans oublier l’activité consciente et inconsciente qui peut se trouver, se réconcilier aussi. Il va sans dire que l’idée de création comme passion et patience de l’esprit permet au romancier de ne pas être rêveur, inspiré ou fantaisiste seulement mais un artisan aux prises «avec l’inflexible matière», avec la nécessité qui n’est pas négation mais l’assiette est la condition de sa liberté ; à cet égard, André Gide dira «l’art naît d’une contrainte, vit d’une lutte et meurt d’une liberté».
La culture de l’écrit dégage un élan de réflexion. Que pourrait-on dire du côté sublime de l’écriture qui depuis la décennie noire a perdu de son éclat de sa beauté ; avec cette islamisation qui s’acharne à détruire les idées novatrices, le fanatisme du marché déprécie l’action culturelle en la noyant dans l’assujettissement à l’utilité, ainsi la «logique du buzz» devient légion. Un point de vue que le chercheur a toujours développé. Devant cette dégradation, le triomphe de la subjectivité essaie un tant soit peu de remplacer la paresseuse fluidité de la «vacuité des sens» par une certaine production littéraire ; même si elle n’arrive pas à dépasser le souffle prophétique de la socialité primaire, elle tente toutefois de mettre en exergue quelques bribes d’altérité dans son discours. Cette tentative d’écriture romanesque favorise un processus cathartique qui secrète dans la communauté des écrivains, des dogmes et devient à son tour une chapelle; ce que Miliani désapprouvait: la peopolisation des écrivains. Les médias sont très influents et imposent leur loi, ils font la pluie et le beau temps, adulent et ennoblissent «leurs sujets» qui font leur jeu et acceptent de se soumettre à leur diktat. Mais d’un autre côté sont capables de casser les récalcitrants en leur reprochant leur liberté d’action et de réflexion. Comme Jean Paul Sartre, Hadj Miliani dira que les écrivains sont beaucoup plus connus que la lecture de leurs livres. Un autre littéraire reconnaîtra qu’on n’est pas écrivain si on n’est pas vu à la télé. La médiatisation des hommes de culture est indissociable du succès. Pour revenir à Miliani, il révèle les pratiques déroutantes que les médias exercent implicitement comme la censure et la logique de l’audimat. Maintenant que tu es parti sans crier gare, sache que ton image se dressera toujours comme un rempart contre les idées noires et les forces du désespoir (fanatisme).

                                   Miliani, à l’université et dans le milieu associatif

Tu étais l’un des piliers où tu enseignais avec maestria et virtuosité la littérature ; les jeunes adoraient ton humour, ta gentillesse, la clarté de tes exposés. Ils s’abreuvaient avec délectation et admiration tes paroles d’enseignant. Tu rendais en effet la matière intéressante, vivante, assimilable pour les plus récalcitrants ; tu te mettais sans compter à la disposition des jeunes. Hadj Miliani expliquait dans sa présentation de l’ouvrage «Publication: Les cahiers du Crasc, un numéro consacré au patrimoine matériel et immatériel en Algérie parlant de l’importance des recherches», qu’«(…) il fallait insister tout particulièrement sur leur utilité sociale et culturelle car elles renforcent le lien social et révèlent les ancrages historiques les plus profonds». Dans ce cas de figure, on notera aussi l’article de Hadj Miliani intitulé : «Transactions sociales et sémiotiques du sujet. Le cas du mariage «falso» dans l’Ouest algérien, qui aborde la question de la place dans un milieu contraint. Ces quelques lignes d’hommage contemple aussi l’horizon de la mémoire subjective ; en organisant les rencontres débats, je ne pourrai oublier tes taquineries qui s’embarquaient dans la volupté réflexive philosophique «de Deleuze et Canguillem ;» une semaine avant ta disparition avec une liberté d’«émouvance», on discutait de l’organisation d’un débat sur le normal et le pathologique, tout en faisant référence à Canguilem. Pour le dire autrement, La réflexion chez Miliani pouvait se situer entre analyse et sens critique ; elle formait une sorte d’alliance entre l’écrit et la pensée, comme le disait Kafka « le livre doit être la hache qui brise en nous la mer gelée ».

À propos Adnan H.

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