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Rohingya refugees react after being rescued in Teknaf near Cox's Bazar, Bangladesh, Thursday, April 16, 2020. Bangladesh's coast guard has rescued 382 starving Rohingya refugees who had been drifting at sea for weeks after failing to reach Malaysia, officials said Thursday. (AP Photo/Suzauddin Rubel)

Inde. Des réfugiés Rohingya menacés de déportation

Au moins 168 Rohingya réfugiés en Inde ont été détenus à partir du 6 mars dans la région de Jammu-et-Cachemire dans le Nord-Ouest de l’Inde. Les membres de cette minorité musulmane sont menacés d’être renvoyés vers la Birmanie, en proie à des violences depuis le coup d’Etat militaire du 1er février. Selon les autorités, ils ne possédaient pas de titre de séjour valide, alors que nombreux sont apatrides et disposent de cartes de réfugiés délivrées par les Nations unies. Des vidéos sur les réseaux sociaux montrent des réfugiés à Jammu prendre la fuite avec leurs bagages. Certains portent des valises, d’autres des baluchons colorés sur leurs épaules. Une vidéo montre des familles prendre la route dans la ville de Jammu. Elle a été filmée le 7 mars par un membre de Rohingya Human Rights Initiative, une ONG basée à New Delhi et œuvrant pour l’intégration des réfugiés Rohingya en Inde et au Bangladesh. Le 6 mars, la police avait convoqué des réfugiés rohingya pour vérifier leurs documents d’identité, avant de les transférer dans un centre de détention près de Hiranagar. L’inspecteur général de la police locale, Mukesh Singh, a déclaré à l’AFP que les renseignements issus des vérifications seront partagés avec la Birmanie en vue de leur expulsion. Ali Johar est codirecteur de l’ONG Rohingya Human Rights Initiative. Contacté par la rédaction des Observateurs, il explique que les autorités n’ont pas pris en compte les cartes de réfugiés fournies par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) : Les autorités ont dit qu’ils n’avaient pas de documents valides. Mais la plupart d’entre eux ont des cartes de réfugiés valides, fournies par le HCR. Les autorités disent que comme l’Inde n’est pas signataire de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, ils ne sont pas obligés d’accorder l’asile aux personnes qui fuient la violence. Les réfugiés rohingya n’ont pas de passeports birmans [puisque considérés comme apatrides en Birmanie, NDLR], mais après leur arrivée en Inde, ils ont obtenu le statut de réfugiés par les Nations unies. Dans un mouvement de panique, des centaines de réfugiés ont quitté les camps de réfugiés où ils vivaient, pour certains depuis plusieurs années, de peur d’être arrêtés. Des familles, ne sachant où aller, se sont cachées dans la forêt, comme le montre cette vidéo publiée le 8 mars sur la page Facebook de Rohingya Human Rights Initiative :
Selon ROHRIngya, les réfugiés ont pris la fuite alors qu’ils n’avaient plus de nouvelles de leurs proches convoqués par la police la veille. Contacté par la rédaction des Observateurs, Abdul Rohim, 42 ans, travaille à l’ONG Save the Children et vit dans un camp de réfugiés Rohingya depuis mai 2014. Il raconte: Ils ont placé mon fils aîné et sa femme dans le centre de détention de Hiranagar. Des membres de ma belle-famille aussi. Ils ont été arrêtés au stade de Jammu après les vérifications, alors qu’ils avaient tous les documents nécessaires. Ma famille possède des cartes de réfugiés fournies par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), mais on les a quand même arrêtés. Je n’ai ni vu ma famille ni pu parler avec depuis qu’ils ont été arrêtés. Je ne sais pas dans quelles conditions ils vivent, ni quelle nourriture ils mangent. Cette vidéo relayée par le journaliste indépendant Aakash Hassan montre des réfugiés faisant la queue devant le stade Maulana Azad à Jammu pour effectuer les vérifications conduites par la police. Abdul Rohim a choisi de rester à Jammu. Il vit dans la crainte d’être arrêté lui aussi : Je suis reconnaissant envers l’Inde de m’avoir laissé vivre ici depuis six ans. Mais maintenant, nous avons peur d’aller au poste de police, parce que nous craignons de nous faire arrêter aussi. J’ai peur que la police n’arrête encore plus de membres de notre communauté. Ali Johar de Rohingya Human Rights Initiative explique que la rhétorique anti-migrants en Inde a fortement augmenté au cours des dernières années: Les médias locaux ont alimenté la haine contre les Rohingya, en les qualifiant avec des mots dégradants comme « insectes », « criminels », « menace pour l’Inde »… Depuis 2017, cette haine a été injectée dans l’esprit de la population locale à Jammu.

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