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Il nous quittait il y a 60 ans de cela. Jean El-Mouhoub Amrouche, le patriote universel

Aujourd’hui, samedi 16 avril, marquera le 60ème anniversaire de la disparition de l’écrivain, journaliste et patriote pour l’Algérie indépendante, Jean El-Mouhoub Amrouche. 16 avril 1962- 16 avril 2022, il y a 60 ans, disparaissait Jean El-Mouhoub Amrouche, après un vaillant combat contre la maladie et sans avoir goûté aux délices de l’indépendance pour laquelle il a consacré son talent d’écrivain, de poète et de chroniqueur radio. Quand on évoque Jean El-Mouhoub Amrouche, on parle souvent de l’écrivain, de l’homme de radio, du professeur, du journaliste et du poète, mais on oublie, sciemment, peut-être, en raison de son particularisme linguistique et religieux, le côté militant engagé de l’individu en faveur de la Révolution Algérienne par son soutien inébranlable à la cause émancipatrice de son peuple lourdement opprimé qu’il a résumé dans son livre « Le combat Algérien », sorti en 1958. Kabyle d’Ighil Ali et catholique de religion, Jean El-Mouhoub, est le plus connu de la famille Amrouche, matrice de trois générations d’écrivains et d’artistes contemporains. Il reste, cependant, «cet inconnu», comme le désignait Kateb Yacine. Il était, à la fois, Jean et El-Mouhoub; finalement, ce sont les évènements du 08 mai 1945 associés à la Guerre de Libération Nationale qui l’ont révélé, avec éclat, comme révolté, par son statut «d’intellectuel colonisé», diront unanimement ses biographes et autres observateurs contemporains. Jean El-Mouhoub Amrouche, avant d’être témoin et militant résolument engagé pour la décolonisation en Algérie, fut d’abord un intellectuel résistant contre le nazisme du temps de l’occupation de la France. «Investi de fonctions importantes, Amrouche s’implique en tant qu’intellectuel dans la France libre», révélera aussi M. Carassou qui a édité, en 2009, «le Journal Intime» de Jean Amrouche (1928-1962), présenté par l’anthropologue Tassadit Yacine. Lors d’une conférence, en 1944 à Alger, en présence du général Catroux (représentant de De Gaulle), il prend fermement position pour la France libre. Au lendemain des massacres du 08 Mai 1945 dans l’Est algérien, Jean Amrouche avait entrepris en six semaines, un long périple d’investigation, de Tunis à Alger en passant par Sétif, Constantine, Tizi-Ouzou, sans oublier son village natal Ighil-Ali, selon Réjane Le Baut écrivaine, universitaire. Ces événements furent pour lui un «ébranlement terrible» et entraînèrent une évolution définitive de sa pensée politique. Il en revint avec un saisissant reportage écrit et posa, ouvertement, et pour la premier fois la question: «Les Algériens veulent-ils ou ne veulent-ils pas rester Français?» Ce texte de dix pages dactylographiées dont les trois quarts analysent, selon Réjane Le Baut, «les raisons profondes et lointaines des émeutes, auxquelles d’ailleurs, aussi bien la population que les autorités s’attendaient» – refusé pour publication par le journal «Combat», né dans la clandestinité de la résistance et dirigé par Albert Camus, selon Mme Yacine – sera finalement édité en 1994 par cette dernière dans l’un de ses ouvrages. Les tueries du 08 Mai 1945 ayant profondément affecté Jean Amrouche, le rêve de la France «mythique» s’évaporant avec ses évènements tragiques, incite l’intellectuel à «s’investir pour la cause algérienne en réalisant, donc, ce reportage poignant sur ces atrocités et dans lequel il dénoncera la répression», témoigne Mme Yacine. Cet «Algérien universel», comme le qualifiait si bien Mohamed Dib, a durant la guerre algérienne d’indépendance, milité, dans la presse française, pour expliquer «l’Algérie à la France et la France à l’Algérie». Il exposait les revendications fondamentales des Algériens: une patrie, un nom. Quant à lui, dans «sa dramatique dualité», il exprimait sa position en disant: «La France est l’esprit de mon âme, l’Algérie est l’âme de mon esprit». Dans un article au Monde, daté du 6 juin 1958, Jean Amrouche explique les positions prises par De Gaulle pour souligner et légitimer son adhésion au Général. Durant cette tragique période, il est un des rares, avec Michel Rocard, à avoir qualifié de génocide la politique des camps de regroupement, dans lesquels beaucoup d’Algériens mouraient de faim. Pour Hervé Sanson, Amrouche «expliquait aux Algériens, la nécessité de se soulever afin d’imposer le respect». Par la spécificité de ses textes politiques et aussi «la place centrale du langage» qui «constituait la singularité de l’intellectuel colonisé (…), il aura rendu visible, par sa parole, la cause de libération de l’Algérie et ses arguments». Dans une lettre adressée à Jules Roy, le 6 août 1955, Jean El Mouhoub se démarque ouvertement d’Albert Camus «qu’il ne rencontre plus» à cause «d’une explication, entre nous, portant sur des faits très précis, qui aurait eu la chance de produire un résultat positif. Il s’y est refusé. N’en parlons plus». La cause de ce divorce, avec celui qui a opté pour sa mère au détriment de la justice, a été le contenu de deux articles sur l’Algérie fournis par Camus au journal «L’Express». A cet égard, Amrouche commentera: «Il y a de justes remarques. Mais quant aux solutions qu’il préconise, je n’y crois pas. Le mal est beaucoup plus profond à mon avis. Il n’y a pas d’accord possible entre autochtones et Français d’Algérie. Il serait très long de l’exposer ici, un volume y suffirait à peine. En un mot, je ne crois plus à l’Algérie française. Les hommes de mon espèce sont des monstres, des erreurs de l’histoire», dira-t-il à l’adresse de son ami Jules Roy. Ses prises de positions critiques lui ont valu, en 1959, la suppression de l’émission hebdomadaire «des Idées et des Hommes», lancée et animée par lui, avec succès, depuis 1948, et dans laquelle il interrogeait, à chaque rendez-vous, des auteurs, commentait des textes… Elle a été interdite, pour des raisons politiques, par Michel Debré, Premier ministre de l’époque. Elle sera suivie par la radiation, pure et simple, de Jean El Mouhoub Amrouche de la Radio Diffusion Française (RDF). Pugnace, il ne voulait à aucun prix quitter Paris car, disait-il, «c’est ici que je peux donner le maximum pour que la guerre d’Algérie cesse et que mon pays se libère. La paix en Algérie se fera entre deux peuples désormais liés par un destin commun et une vocation commune, et il faut plaider cela à Paris aussi». «Seul, à ses frais et risques», disait-il, il avait servi de médiateur entre le général De Gaulle et Ferhat Abbas, leader du Gouvernement Provisoire de la République algérienne (GPRA)». «J’ai engagé toutes mes forces au service du peuple algérien: non pas pour des raisons proprement politiques, mais pour une raison d’honneur et pour des raisons d’ordre spirituel», écrivait Jean El Mouhoub Amrouche à feu Hachemi Chérif, dans une lettre (non envoyée) où il disait clairement: « Je m’étais fixé un but: la reconnaissance du droit à l’indépendance de l’Algérie, et l’ouverture d’une négociation sans préalable ni condition. Ce but est désormais atteint. Ma tâche est donc terminée». «Je ne sais si j’ai motif de tirer gloire de l’action que j’ai menée, publiquement et dans l’ombre. Je me flatte en tous cas de n’en avoir tiré aucun profit et de n’en attendre aucun bénéfice. Je n’ambitionne d’occuper aucun poste dans la République Algérienne…», conclut la lettre à Hachemi Cherif. «Jean Amrouche a montré que même un attachement aussi profond que le sien à la culture française ne pouvait conduire qu’à rejoindre son peuple et à adhérer totalement à son combat », disait, à sa mort, un porte-parole du ministre algérien de l’Information du GPRA dans une déclaration faite à Algérie Presse Service dans une dépêche signée à Tunis, le 18 avril 1962 et reprise par l’AFP. «De son Sinaï, Amrouche voyait ses idéaux se rapprocher de leur réalisation», disait de lui Joe Gouldin-Goland. Ironie du sort, il disparait, emporté par un cancer quelques semaines après l’accord de cessez-le-feu du 19 Mars 1962, quand Français et Algériens s’engageaient dans la voie de la réconciliation. «Malheureusement, il est mort avant le dénouement qui lui tenait à cœur”, témoigne aussi M. Rédha Malek. A son décès, Charles De Gaulle écrivait le 16 avril 1962: «Jean Amrouche fut une valeur et un talent… Par dessus tout, il fut une âme. Il a été mon compagnon». «La Révolution Algérienne ne l’a pas surpris, il l’attendait»…«Elle ne l’a pas pris en improviste, elle l’a déchiré»…, «le drame franco-algérien pouvait être évité»…, «il suffisait d’un peu de clairvoyance pour percevoir l’indépendance des anciennes colonies»…, «cette hauteur de vues a manqué à la foi aux responsables français et aux privilégiés de la colonisation en Algérie», témoignait, en substance, Ferhat Abbas, en sa qualité de Président de l’Assemblée Nationale Constituante Algérienne, dans un vibrant hommage posthume rendu à Jean El Mouhoub Amrouche sous le titre: «un idéal de paix et de fraternité humaine». Il ajoutait: «La vision d’une réconciliation fraternelle et d’une coexistence pacifique, chère à son cœur, lui a été refusée. Il a emporté avec lui, dans la tombe, l’horreur des meurtres inutiles et des massacres d’innocents.», en allusion, sans doute, aux actes criminels de l’OAS. «Supportant cette crucifixion jusqu’à en mourir», lui qui essayait d’être «le pont, l’arche, qui fait communiquer deux nations» – postures emblématiques qu’il incarnait parfaitement et les symbolisant si bien – Jean El-Mouhoub Amrouche est vraiment mort de la guerre de libération nationale…en Martyr!!!!

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