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Il dominait Edderb et Tigditt. Le mystère du parc d’El Arsa

Le Fort de l’Est était un symbole puissant de l’occupation coloniale depuis la prise de Mostaganem en 1843. Les mostaganémois le nommaient Bordj Ettork. Il dominait la ville ancestrale, Edderb, la ville coloniale et Tigditt. A sa gauche, un terrain en friche servait de lieu aux charges d’explosifs que les soldats faisaient éclater pour marquer la fin du jeûne des journées du ramadan. Les habitants de Tigditt, de l’oued Ain Sefra jusqu’au sed qui surplombe le port, attendaient ce qu’ils croyaient être un coup de canon, marqueur d’une force coloniale en place et lieu d’un appel pacifique du muezzin, pour effectuer la prière du maghreb et cesser le jeûne. Dans la liesse de l’indépendance et à la recherche d’un moyen de faire travailler les pères de familles qui se sont retrouvés sans travail car les européens, patrons d’entreprises, venaient de partir, une idée émergea au niveau de la mairie où des chefs de l’Organisation de l’OCFLN qui travaillaient ensemble à installer une gestion de la ville. Profitant du retour à la Patrie, de nombreux émigrés qui avaient des compétences d’organisation de chantier et de construction en bâtiment, il fut décidé d’installer à la place des explosions, un parc avec des arbres et des fleurs pour donner une image heureuse d’un peuple enfin libre. Donc trois dirigeants de chantier furent désignés et une organisation est installée pour distribuer les dons alimentaires internationaux et pallier la situation grave que vivait la population. Chaque volontaire déposait sa carte d’identité tôt le matin et travaillait toute la journée, en fin d’après-midi, il retirait son document avec un lot de produits alimentaires, souvent marqués du label des pays donateurs. La procédure est bien connue. C’est une réplique de l’ancienne organisation du travail des dockers au port sous forme de shift appelé aussi chippa. Aussitôt, des volontaires se présentèrent. On mit sous leurs ordres de ceux qui avaient acquis leurs pratiques, la masse de volontaires de chômeurs disponibles. Ils seront payés en nature. Les colonnes de travailleurs se répartissaient en trois chantiers dont la seule directive était de faire un parc pour prouver à tous notre capacité et notre mérite. Mais ces trois parties fonctionnaient différemment selon la spécialité de leur chef de chantier. C’est ce qui explique qu’aujourd’hui ce parc qui présente trois architectures très différentes entre elles. Tout près du Bordj Ettork, on peut remarquer des sinuosités, un pont suspendu en voûte, des circonvolutions, un yin et un yang tracés au sol, des escaliers concentriques autour d’un faux puits, vrai massif de fleurs qui se veulent délicates, c’est l’art et la manière japonaise. Au milieu, les jardins sont tirés au cordeau, une géométrie rigide se déploie en toute beauté et surtout l’entrée monumentale qui, désormais, constitue l’armoirie de la ville. Cette partie évoque les jardins selon le nôtre, célèbre jardinier d’un roi français. Celui qui a dirigé la création de cette partie l’a conçue selon les normes des jardins à la française. De l’autre côté, près de Sidi Abdelkader Essafah, on voit des corbeilles suspendues, des charmilles, des petits escaliers en colimaçon, des dénivellements qui rappellent l’architecture italienne. Ce lieu qui a réuni tant de volontaires autour d’un projet, représente des mois de labeur d’un peuple qui voulait vivre ensemble. Il est l’emblème d’un désir de paix qui remplaça définitivement le colonialisme sanguinaire. C’est le parc du «Vivre ensemble».

À propos Mansour.Benchehida

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