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Explosions à Beyrouth. Les familles refusent que les victimes «soient tuées une seconde fois»

Tristesse et colère. Deux mois après les explosions à Beyrouth, les familles et les proches des victimes se sont réunis dimanche face au port sinistré, pour rendre hommage aux défunts et demander des comptes aux autorités alors que l’enquête censée désigner les responsables du drame est toujours en cours. Deux mois jour pour jour après la double explosion qui a fait près de 200 morts à Beyrouth, quelques centaines de personnes se sont rassemblées, dimanche 4 octobre, face au port de la capitale libanaise pour rendre hommage aux victimes et demander que justice soit faite. À deux pas de l’épicentre de la tragédie qui a secoué le Liban, deux groupes distincts se sont retrouvés près de la statue de l’Émigré libanais, qui fait face à la mer et au port sinistré, à quelques mètres de l’avenue Charles Hélou qui relie le centre-ville de Beyrouth à sa banlieue est. Le premier était composé des familles et des proches de certaines victimes venus demander des comptes aux autorités pour la perte d’un père, d’un frère ou d’un époux. Brandissant des portraits des défunts et des pancartes réclamant justice, ils ont crié leur colère en promettant une escalade de leurs actions s’ils n’étaient pas entendus. Leur porte-parole Brahim Hotaï, qui a perdu son frère le 4 août près du port, a interpellé devant les journalistes présents sur place les « trois présidents », à savoir le chef de l’État, Michel Aoun, le président du Parlement, Nabih Berri et le Premier ministre démissionnaire, Hassan Diab, en leur demandant de faire un point en direct à la télévision sur l’enquête. « Vous avez trente minutes pour que l’un de vous appelle les médias et nous disent où en est cette enquête, faute de quoi nous bloquerons l’avenue située derrière nous », a-t-il lancé dans un cri mêlant tristesse et colère. L’enquête locale, menée par le juge d’instruction et procureur général près la Cour de justice, Fadi Sawan, est toujours en cours, alors que les autorités avaient promis des résultats rapides. Jusqu’ici 25 mandats d’arrêt, notamment contre des employés et responsables du port, ont été lancé, mais aucune information sur l’avancée de l’enquête, observée avec scepticisme par la population, n’a filtré dans les médias. Le mois dernier, la directrice régionale d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Lynn Maalouf, avait déploré que « chaque mesure prise par les personnes haut placées au Liban montre clairement que les autorités n’ont aucune intention d’assumer leurs responsabilités concernant une enquête efficace, transparente et impartiale ». Ne se faisant aucune illusion sur l’issue de leur « ultimatum » lancé « aux trois présidents », Brahim et ses camarades sont passés à l’acte et ont bloqué symboliquement la route aux pendant quelques minutes, le temps de diffuser l’hymne national libanais, sous l’œil parfois bienveillant des automobilistes et de plusieurs membres des forces de sécurité intérieure, la gendarmerie locale, déployée pour l’occasion. « Nous sommes pacifiques, mais nous irons jusqu’à l’escalade si nous ne sommes pas écoutés, nous voulons savoir qui a tué nos frères et nos fils, et nous voulons que nos martyrs soient traités comme les martyrs de l’armée, afin que, comme dans le cas des militaires, leurs salaires continuent à être versés chaque mois à leurs familles, même si rien ne remboursera pas le sang qui a coulé », confie Brahim Hotaï à France 24, les yeux embués. Et de préciser : « Nous sommes 200 familles de victimes et 6 500 familles de blessés, et donc si chacun d’entre nous décide de bloquer une route, nous pourrons paralyser le pays, car nous refusons qu’ils tuent nos martyrs une seconde fois en enterrant l’enquête ». Deux mois après la double explosion, il confie que l’ampleur de sa peine et de sa tristesse est incommensurable. « Et encore, moi je suis un homme âgé de 60 ans, je peux supporter la douleur, mais je pense aux enfants qui sont privés à jamais d’embrasser l’un de leurs parents, et aux épouses qui ne pourront plus reposer leur tête sur les épaules de leur mari ».
Près de lui, Rima Zahed, sœur d’Amine Zahed, une victime de l’explosion âgée de 43 ans, hoche de la tête en fulminant de sa voix grave contre les autorités. « Nos pères, nos frères et nos fils sont en train de mourir les uns après les autres dans ce pays à cause de la corruption et de l’inertie de la classe politique, tonne-t-elle en agrippant la photo de son frère collé contre son cœur. Il faut que le monde entier sache, et surtout la France et le président Macron qui sont debout avec notre peuple, que notre État est corrompu, et qu’il y aura tous les jours des explosions comme celle du 4 août, tant que ces politiciens resteront en place. »

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