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El Tarf. Les ruraux trop c’est trop

«Safraya, Khamsa, Sidi Mohamed Tayeb Djenain, Mexa etc.. sont des mechtas, des douars ou lieux dits qui renvoient à cette Algérie profonde un dénominateur commun qui unit ces noms: le manque, le manque de presque de tout. Des lieux désertés souvent car après la révolution à qui ils ont donné le meilleur de leurs fils n’ont rien en contrepartie. «Nous ne demandons rien», nous interpelle un vieil homme, que le progrès du pays. Cependant les sommes colossales dépensées depuis plus de 60 ans auraient pu nous tracer un semblant de piste pour rejoindre nos chefs communaux» lance ce septuagénaire. Loin des regards des gestionnaires mafieux, corrompus traîtres, les habitants ainsi que leurs progénitures souffrent le calvaire quotidien. Même si l’électricité est là, le manque du gaz, il faut encore d’autres décennies pour qu’il visite nos demeures, nous apprend Ali, un propriétaire terrien et éleveur de bétail. Aussi, pour quelques villageois la vie demeure difficile et se limite à l’activité agricole, à l’élevage des caprins, des vaches, des ovins. D’autres, par manque de débouchés, se sont inscrits sur les listes de chômage qui est officiellement à 14% mais réellement il dépasse largement ce taux. La soif en été est atténuée par les puits creusés à coup de millions par des privés. Ces lieux dits sont rarement connectés aux réseaux d’adduction d’eau potable. Leurs enfants arpentent quotidiennement plus d’un kilomètre pour regagner l’école. Une école construite à coup de milliards de centimes mais désertée par les élèves après que leurs parents aient déménagé vers le village le plus proche. Dans certaines cités, la vétusté des réseaux reste l’obstacle à une alimentation régulière en eau potable. Pour cerner la situation exhaustivement, nous prenons l’exemple de Safra dans la commune d’El Hammam ou Fertita ou Ouled Abdellah dans la commune d’Ain Kerma. Ce sont là des douars qui regroupent plus d’une centaine chacun d’habitants. Situés loin des regards des gestionnaires et à environ 6 à 7 kilomètres du chef-lieu de la commune. Loulidja située entre l’agglomération d’Ain Kerma et Zitouna chef-lieu de la commune manque de tout. Loulidja connaît un dépeuplement inquiétant. Seules les personnes séniles s’accrochent à leurs terres arables. Les jeunes ont construit leur lit au centre de Zitouna quittant avec amertume les terres de leurs ancêtres. Dans la wilaya d’El Tarf, les exemples sont légion, Mexna, Djenaine, Meradia, Damous ou plusieurs autres lieux dits se sont dépeuplés «Moi, je ne veux pas que mes enfants subissent le même sort des privations multiformes que j’ai supportées dans le passé» nous éclaire Kamel. Il continue: j’ai fait mes révisions à la bougie, j’ai puisé l’eau des sources utilisées par les animaux sauvages «chacal, sanglier etc.., j’ai arpenté plus de sept kilomètres à pied pour arriver devant l’école. Je rends un hommage aux jeunes de mon patelin qui ont réussi leur vie en subissant le même sort que le mien. Ils sont pilotes de ligne, militaires hauts gradés, médecins, ingénieurs, journalistes. Au regard de la dynamique qui caractérise l’ensemble des localités de la wilaya, les habitants se disent lésés et laissés-pour-compte. A Zitouna, ce sont les pères de famille qui ont pris leur courage en se privant de tout pour bâtir un toit à leurs enfants. L’aide sociale en ce qui concerne l’habitat rural n’a pas suffi. Le gaz, l’AEP, l’assainissement, les routes, l’emploi sont autant de préoccupations souvent soulevées par les citoyens dans de nombreux écrits transmis aux différents walis qui se sont succédé et aux diverses administrations. L’inexistence d’opportunités d’emploi, l’éloignement de l’école, le manque de commodité à une vie normale décente sont pour le moins la source de l’exode. «Aucune unité de production n’a été montée même au chef-lieu de leur commune depuis l’indépendance. La vie que nous menons est celle de «chiens» nous apprend un vieux coléreux. Les moins nantis vivent aux côtés de leurs parents. Ce manque de possibilités d’emploi ont fait du chômage un fantôme qui hante les esprits, est à l’essence même de l’émergence de fléaux sociaux comme la consommation des stupéfiants, l’augmentation des vols et une déperdition des valeurs d’antan propre aux ruraux. Cependant, l’on se demande jusqu’à quand une telle situation peut durer. Les jeunes de ces patelins n’ont qu’une seule idée en tête «la harga». Impossible de faire des économies pour subvenir aux besoins des enfants» renchérit Eliès, un universitaire sans emploi depuis six ans. Les déplacements des jeunes écoliers sont difficiles, onéreux eu égard à l’inexistence des moyens de transport structuré. Le ramassage scolaire est déficient. Les clandestins restent maîtres des lieux et travaillent à leur guise en exigeant du voyageur qui a raté le car des sommes frisant l’imagination 1000 dinars pour une trentaine de kilomètres et par personne. Après dix-sept heures, même en été, on ne trouve aucun moyen de transport. Ces patelins abandonnés à leur triste sort ne disposent d’aucune structure de jeunesse en mesure d’occuper cette frange de la société qui est livrée à elle-même. Le manque d’eau et la promesse de raccorder certaines mechtas au réseau internet et de gaz demeurent vains bien que le réseau se trouve parfois à quelques mètres de leur habitation, Loulidja en est l’exemple type. Ce manque complique la vie au quotidien. Tout au long de l’été, les vendeurs dictent leur loi. Une citerne d’eau potable est livrée moyennant 60 DA le litre. Une eau souvent douteuse. En hiver, le gaz butane reste le seul moyen énergétique disponible. Devant la hausse du prix de la bouteille, surtout en hiver où la consommation est plus importante, certains jeunes ont bravé le danger, ils violent la loi pour collecter le bois dans les forêts au risque de se faire prendre par les gardes forestiers. A travers la wilaya, la situation de pauvreté, l’espoir d’accéder à un poste d’emploi n’est pas prévisible. Les jeunes se nourrissent d’espoir, ils s’accrochent au pré-emploi qui tarde encore à les confirmer, certains totalisent dix ans d’activité. L’agriculture qui reste l’unique opportunité susceptible de résorber une bonne partie des sans-emplois connaît un essor faible. Les divers programmes retenus ne connaissent pas une grande avancée. Quelques familles ont investi dans l’apiculture, les ruches ont été calcinées par les feux de forêt. La commercialisation du produit freine l’activité. Le travail de la terre, l’élevage viennent au secours de ces ruraux. La couverture sanitaire est déficiente. Les salles de soin ne répondent pas aux exigences de la population. Pire, certaines, par manque de personnel médical et paramédical, sont fermées.

À propos Tahar BOUDJEMAA

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