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Crise en Ukraine. L’Otan a-t-elle «trahi» la Russie en s’élargissant à l’Est ?

En 1990, les Américains auraient promis aux Russes de ne pas élargir l’Alliance atlantique à l’Est. Trente plus tard, le Kremlin continue d’entretenir ce mythe de la promesse violée des Occidentaux pour justifier ses menaces sur l’Ukraine. Explications. C’est l’une des principales revendications de la Russie dans la crise ukrainienne : l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) doit cesser de s’élargir à l’Est et fermer définitivement la porte à Kiev. e Kremlin a reçu cette semaine une fin de non-recevoir à cette demande dans une lettre remise par l’ambassadeur américain au ministère russe des Affaires étrangères. Si la confrontation actuelle entre la Russie et les Occidentaux repose sur de nombreux griefs, le récit d’une trahison occidentale occupe une place de choix dans la rhétorique de Moscou depuis plusieurs décennies. Dans un discours très offensif de 2007 lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, Vladimir Poutine avait notamment accusé l’Occident de rompre ses « garanties » en élargissant l’Otan jusqu’aux portes de la Russie – les pays baltes notamment ont rejoint l’Alliance en 2004. « Et qu’est-il advenu des assurances données par nos partenaires occidentaux après la dissolution du pacte de Varsovie [le pendant soviétique de l’Otan] ? Où sont ces déclarations aujourd’hui ? Personne ne s’en souvient », avait déclaré le chef du Kremlin. De fait, l’Otan n’a cessé de regarder vers l’Est depuis la chute de l’URSS, passant de 16 à 30 pays en intégrant ces deux dernières décennies essentiellement des membres de l’ancien bloc soviétique. Pour autant, les Occidentaux ont-ils trahi une quelconque promesse ? Pour comprendre le fondement du ressentiment russe, il faut remonter au 9 février 1990 et à un entretien entre le secrétaire d’Etat américain, James Baker, et le dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev. La discussion porte sur le statut de l’Allemagne réunifiée. Il est alors convenu que l’Otan ne s’étendra pas au territoire de la RDA, une promesse répétée dans un discours du secrétaire général de l’Otan le 17 mai à Bruxelles. Finalement, un accord sera trouvé en septembre avec la Russie pour permettre aux troupes de l’Otan de stationner au-delà du « Rideau de fer ». Mais cet accord ne concerne que l’Allemagne réunifiée. Un élargissement plus à l’Est reste de toute façon inconcevable dans le contexte de l’époque. « L’URSS existe toujours et les pays d’Europe de l’Est font encore partie des structures soviétiques, notamment du pacte de Varsovie qui ne sera officiellement dissous qu’en juillet 1991 », précise Amélie Zima, docteure en science politique rattachée au Centre Thucydide (Panthéon-Assas). « On ne peut pas parler de trahison, car se prépare un enchaînement d’événements difficilement prévisibles qui fera entrer l’Europe dans une nouvelle configuration de sécurité. » En somme, au moment où les Occidentaux offrent les « garanties » dont parle Vladimir Poutine, personne ne peut alors prédire l’effondrement de l’URSS et les bouleversements historiques à venir. « Par ailleurs, ces promesses ont été faites à l’oral et n’ont jamais été consignées dans un traité », rappelle Olivier Kempf, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique.

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