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Boupacha ne mourra pas !

Djamila Boupacha, tout juste âgée de 22 ans, est arrêtée le 10 février 1960 en compagnie de son père, de son frère, de sa sœur Nafissa et de son beau-père, et accusée de tentative d’attentat pour avoir posé une bombe, désamorcée à temps par les démineurs de l’armée, à la Brasserie des Facultés, à Alger, le 27 septembre 1959. L’Héroïne Boupacha est revenue cette semaine. Le président français Emmanuel Macron a reconnu que la Moudjahida, l’icône de la révolution algérienne, Djamila Bouhired, avait été torturée et violée par des soldats français. Dans un discours qu’il a prononcé à l’occasion de la commémoration de la mémoire de l’avocate Gisèle Hilmi, qui assurait la défense de la Moudjahida Boubacha, Macron a déclaré que cette dernière a secouru Djamila Boupacha qui a été torturée et violée, suite à son arrestation, alors qu’elle avait tenté de poser une bombe près de l’actuelle salle « Ibn Khaldoun ». Une reconnaissance qui confirme l’atrocité du colonialisme et les exactions du pays qui le disait « civilisé » et voulant nous « civiliser ». Emprisonnée clandestinement, elle sera, pendant plus d’un mois, violée et torturée par des parachutistes de l’armée française. Le récit qu’en fera Simone de Beauvoir dans Le Monde en juin 1960 est particulièrement glaçant : « Électrodes fixées sur le bout des seins, sur les jambes, le sexe, le visage, l’aine, coups de poing, brûlures de cigarettes, elle est ensuite suspendue par un bâton au-dessus d’une baignoire dans laquelle elle est immergée à plusieurs reprises ». Son frère réussit toutefois à prévenir l’avocate Gisèle Halimi, qui décide de prendre son cas en charge dès mars 1960. Le 17 mai 1960, Djamila décrit à son avocate comment les militaires l’ont violée en lui introduisant dans le vagin le manche d’une brosse à dents, puis le goulot d’une bouteille de bière : « On m’administre le supplice de la bouteille. C’est la plus atroce des souffrances. Après m’avoir attachée dans une position spéciale, on m’enfonça dans le ventre le goulot d’une bouteille. Je hurlai et perdis connaissance pendant, je crois, deux jours », dira Djamila, écrit « Jeune Afrique, cette semaine. L’affaire n’aura un retentissement médiatique international qu’en juin 1960, avec la création d’un Comité pour Djamila Boupacha. Un comité présidé par la romancière et philosophe Simone de Beauvoir et composé de membres prestigieux, dont l’écrivain et philosophe Jean-Paul Sartre, le poète Louis Aragon, l’écrivain martiniquais Aimé Césaire ou encore l’anthropologue Germaine Tillion. De peur qu’elle soit exécutée et maquillée après le crime, le comité parvient à la faire transférer en Métropolitaine. La suite est connue avec la signature des « Accords d’Evian ». Boupacha est aussi connue pour avoir été immortalisée par Pablo Picasso, qui réalisa un portrait d’elle au fusain pour la sauver de la guillotine en mars 1962. En janvier 1962, Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi publient le livre « Djamila Boupacha », chez Gallimard. Un livre qui fera « boom » et « humiliera » les colonisateurs. Ce 8 mars, l’historien Benjamin Stora a, à l’Observateur, animé une chronique : « Je me souviens de Gisèle Halimi et l’Algérie ». Dans cette chronique, la défunte Halimi délivre deux « importants » témoignages sur Robert Lacoste, le gouverneur général d’Algérie, et de François Mitterrand, au moment de la guerre d’indépendance algérienne, avait été ministre de l’Intérieur en 1954, puis ministre de la Justice en 1956 et 1957, au moment de la terrible « bataille d’Alger ».

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