Accueil » RÉGIONS » Awlia Essalihines. Le rite noir de Sidi Blel et la liesse collective

Awlia Essalihines. Le rite noir de Sidi Blel et la liesse collective

Parmi les Awlia Essalihines de notre ville, on oublie souvent Sidi Blel. Son Mqam se trouvait dans le vieux Arssa, face au mur du cimetière. A partir des années 60, la  »Waadates  » se déroulait dans la maison de la famille Sardji, qui se trouvait en parallèle à la rue 1 (ex-Borjoly) et plus connue sous le nom de Qadouss El Meddah. Tous les hommes et femmes de couleur de la région se retrouvaient dans une liesse sans pareille. L’événement était annoncé par une procession qui passait par les rues de la ville et sollicitait des oboles pour l’organisation : des musiciens avec goumbri et crotales, accompagnés d’un bœuf enguirlandé de couleurs criardes et des cornes teints au henné. Cette délégation faisait partout grand bruit et attirait une foule de suiveurs et d’enfants. De nombreuses femmes leur lançaient des fenêtres des pièces captées dans un grand foulard. On dit que cette offrande favorisait la fertilité du couple. Lalla Nouha organisait une rencontre pleine de couleurs et de bruits, on y entendait même des parlers qui nous étaient inconnus, avec des manifestations du rite: boire le sang tout chaud du taureau sacrifié, se flageller, se frapper avec des couteaux. La procédure rappelle à bien des égards les cultes africains mâtinés de vaudou. La fête a lieu vers la mi-Chaabane, deux ou trois semaines avant le mois sacré du Ramadan. Les cérémonies comportaient trois phases : les rites d’entrée : salutations des objets sacrés, du goumbri, des crotales, des objets du rituel, litanies des esprits et des saints précédées de l’invocation du Prophète ; les rites de sacrifices de volailles ou d’un taureau, la consécration des offrandes avec des chants, des rythmes de tambour et des danses appropriées ; enfin, des rites de communion et de divination. La possession est le paroxysme de la cérémonie. Le possédé vit la transe comme l’orgasme de sa libération. Vue de loin, c’est une pagaille bon enfant, mais à y regarder de plus près, on constate des cultures et des rites qui varient selon les origines ethniques. Les manifestations divergent dans les détails selon l’origine dont les participants se prévalent ou plutôt selon l’obédience de leur Mokadem responsable. Il y en a qui sont de rite bambara, d’autres songhaï, haoussa ou même abyssin. On peut dénombrer sept diars sous le nom de Sidi Blel. Leurs différences apparaissent surtout dans les noms qu’ils donnent aux génies, aux  »djnounes » qui semblent être les mêmes pour tous, mais avec des appellations différentes. A Mostaganem, nous connaissons Tchenguermama ou Sidi Hassan ou Bounouari et il est le roi des génies, il y a Baba Moussa, Baba Hamouda, Nana Aïcha, Sidi yathou, Baba Mouha et les Mezzaouas, Djinns païens, anthropophages et méchants, honnis par Dieu et craint des hommes. Le Maalem, patron au milieu des frères, tient le goumbri, sorte de luth achalandé d’une multitude d’anneaux qui augmente sa résonance et de coquillages pour le faire beau. Tout autour du chef avec son goumbri, il y a les frères avec des karkabous, qu’on appelle aussi crotales. Après les imprécations d’usage, Allah le tout puissant et Mohamed son Prophète, commence laborieusement un rythme entraînant, un roulement métallique qui petit à petit s’emballe. Il devient déferlement, frénétique, tonitruant, assourdissant. Soudain, un spectateur jaillit au milieu de cette piste de stridulations, il est possédé, aussitôt se précipitent sur lui les frères et lui jettent dessus des oripeaux mais d’une même couleur qui dépend du djinn qui le chevauche. Mais il arrive que ces noms changent en fonction des diars, et selon les villes. Un après l’autre, selon l’appel qu’ils ressentent, les frères passent à la danse, hommes ou femmes sans distinction. Une fois en extase, certains se livrent à des pratiques qui rappellent ceux des Aïssaouas. Flagellations, coups de couteau au ventre vont se succéder avec du sang qui va couler des ouvertures. La fête continue, on fait passer parmi l’assistance la rouina, boule de céréale avec du miel et des condiments aphrodisiaques. Le lendemain, tout ce monde envahit la plage de Sidi Mejdoub. Derrière le mausolée, au bord de la mer se trouve une grande mare. C’est le lieu où sera sacrifié le bœuf. C’est à cet endroit que des jeunes filles qu’on n’arrive pas à marier sont enroulées toute nues dans des draps blancs et immergées avec des incantations. L’atmosphère n’a rien à voir avec celle des zaouias prudes et précautionneuses. Le rite passe pour être porté sur tout ce qui touche le mariage, la procréation, le bonheur charnel.

À propos Mansour.Benchehida

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

x

Check Also

Lycée Zerrouki. Les anciens soulignent le 60ème anniversaire de l’indépendance

Le Bureau de l’Association s’est ...

Art Dramatique : Colloque sur Ould Abderrahmane Kaki «Une manière de dire le théâtre algérien»

Le jeudi à 16h s’est ...

Sidi Ali Ksouri. Le maître de la source

Avant les inondations, SouiqaTahtania était ...

4ème art. Le mystère du théâtre de Kaki

Abdelkader Ould Abderrahmane, dit Kaki, ...

Cimetières de Mostaganem. Retour sur des sites riches en histoire

La mémoire collective locale situe ...

%d blogueurs aiment cette page :